...............................Les aspirations des pauvres ne sont pas très éloignées des réalités des riches........................
(Pierre Desproges)
DROIT - Pour le réseau européen «Femmes et pouvoir» issu des forums sociaux, la nouvelle Constitution européenne est rétrograde. Il est des chefs d'Etat qui mobilisent médias et amitiés politiques pour faire triompher le «oui» européen. Il est d'autres citoyens qui s'inquiètent des conséquences que l'entrée en vigueur de la Constitution européenne pourrait avoir sur l'avancée du droit des femmes. Parmi ces derniers, le réseau européen «Femmes et pouvoir», réuni lors du dernier Forum social européen à Londres, appelle à signer l'initiative féministe pour le non à la constitution. Selon le réseau, la Constitution européenne, loin de porter un progrès, constitue une importante menace pour le droit des femmes. A la fois parce qu'elle omet certains droits, mais aussi parce qu'elle affiche des régressions par rapport aux droits existants. De plus, pour le réseau féministe, la politique néolibérale, considérée comme le fondement du texte, programme à plus ou moins long terme le recul social, l'aggravation des inégalités ainsi que la précarité qui touchent majoritairement les femmes européennes.
OÙ SONT MES DROITS?
Le droit à la contraception, à l'avortement et à l'orientation sexuelle de son choix. Le droit à vivre sans violence. Le droit au divorce. L'interdiction de la traite des êtres humains à des fins de prostitution. Omission ou acte délibéré? Aucun de ces droits essentiels aux femmes n'est inscrit dans la nouvelle Constitution européenne. Or certains pays comme le Portugal, la Pologne ou l'Irlande continuent à restreindre le droit l'avortement, voire à l'interdire carrément. De même que les discriminations frappent de nombreux Européens homosexuels. Que dire également de l'absence du droit au divorce, alors que le «droit de se marier et de fonder une famille» est garanti? La reconnaissance de l'héritage religieux européen et la volonté de favoriser le dialogue avec les églises, inscrites dans le texte fondamental, participent-elles de ce mouvement de recul patriarcal? Religion rimant difficilement avec libération de la femme, le réseau européen exige que «la laïcité soit inscrite comme un principe de base de la constitution». Par ailleurs, si le texte fondamental interdit explicitement l'esclavage et le travail forcé (art. II-65), la prostitution ne figure dans aucun article. De même, le viol ou tout autre forme de violences ou persécutions subies par les femmes du fait de leur sexe ne sont pas reconnus comme des motifs suffisants pour demander l'asile. L'absence de ces droits est d'autant plus incompréhensible que, définis dans la Charte européenne, ils ne seraient pas contraignants, mais au contraire devraient être interprétés en harmonie avec les traditions nationales (art II-112).
DE L'OMISSION À LA RÉGRESSION
Dans son article II-75, la Constitution européenne consacre le droit de travailler et la liberté de chercher un emploi. Mais pas le droit au travail, reconnu pourtant par la Déclaration universelle des droits de l'homme. Or, dans l'Union des 25, le taux de chômage s'élève à 9% (celui des femmes est de 11%). La réduction du taux de chômage ne constitue pas non plus un objectif primordial de la Constitution. Alors que pour le réseau féministe européen «Femmes et pouvoir», rendre effectif un véritable droit à l'emploi est particulièrement important pour les femmes. C'est la condition de leur autonomie. Également reconnus par la Déclaration de 1948, les droits à un revenu minimum, à une pension et aux allocations chômage ne sont pas inscrits dans la Constitution européenne. Or, tous ces droits concernent en premier lieu les femmes, majoritaires parmi les chômeurs non indemnisés, les rmistes et les bénéficiaires de l'aide sociale. De son côté, la Stratégie européenne de l'emploi consacre l'importance du temps partiel ainsi que de la flexibilité de l'emploi et prône la «diversification des contrats en terme de temps de travail». La conciliation entre la vie familiale et professionnelle –plutôt que le partage équitable du travail domestique et parental– est, pour le réseau, utilisé comme justificatif à la généralisation du temps partiel. «Femmes et pouvoir» dénonce la valorisation du temps partiel surtout bénéfique aux entreprises, souvent imposé et toujours très défavorable aux salariés. Mais la critique féministe ne s'arrête pas là. Si la constitution consacre l'égalité entre hommes et femmes (art. I-3), le réseau européen lui reproche de faire dans la légèreté. Une réelle prise en considération du problème «aurait supposé de doter l'Union européenne de compétences dans ce domaines et d'instruments ambitieux». Dans une déclaration sur les politiques européennes et le genre, le Réseau des citoyennes d'Europe réclame par exemple une loi de procédure électorale consacrant une représentation équilibrée, la création d'une Direction générale de l'égalité liée à la présidence de la Commission européenne et d'un Observatoire de genre indépendant.
Filles de joie, pierreuses, lorettes, filles à soldats, marmites, filles publiques, hétaïres, radeuses, catins, péripatéticiennes, horizontales, grues, boucanières, paillasses, morues, gotons, pouffiasses, amazones, professionnelles, filles soumises, tapins, fleurs de macadam, belles de nuit, asphalteuses, marchandes d’amour, turfeuses, ménesses ou gagneuses… La plupart des noms qui désignaient les prostituées ne sont plus en usage de nos jours. On dit “pute”, et voilà tout. Il n’y en a pourtant pas moins qu’avant, peut-être même plus, mais il est devenu si mal vu de s’en “payer” une qu’on préfère passer ça sous silence. Aujourd’hui à Paris, une exposition rend hommage à ces femmes que le tout-Paris fréquentait gaiement jusque dans les années 40, dans des maisons closes de luxe classées par les guides touristiques au rang de “must-see”.
“Le "Chabanais", le "One Two Two", le "Sphinx" et tant d'autres: les maisons closes furent les hauts lieux du Paris de la Belle Époque et des Années folles. Univers de luxe et de volupté, de kitsch et de mondanités, ces maisons reflétaient un art de vivre et d'aimer nourri de tous les désirs et de toutes les excentricités.” La galerie Au Bonheur du Jour(située juste en face de l’illustre N°12 de la rue Chabanais, dont la loi Marthe Richard ferma les portes en 1946) vous invite à “redécouvrir ces mondes disparus, sur le mode d'une promenade coquine et nostalgique dans ces lieux mythiques, dont les somptueux décors faisaient voyager les filles et leurs clients de l'Inde au Japon, de la Chine à Venise. Elle permettra aux collectionneurs et amoureux des maisons d’illusion de découvrir et d'acquérir une collection unique de photographies signées Brassai, André Zucca, Atget, Gaston Paris, Doisneau, etc.”
L’exposition dévoile l’intérieur du célèbre bordel du 30 de la rue Lepic (maison spécialisée dans les fessées), du 9 rue de Navarin (très connu pour ses fantaisies sado-masochistes) mais aussi de bordels masculins. Les photos de Tableaux vivants (reconstitutions de scènes érotiques par des prostituées) jouxtent celles de lingeries du fameux catalogue DIANA-SLIP, 1932, destiné aux maisons luxueuses. Des peintures réalisées pour orner les alcôves côtoient des objets inattendus: la canne-cravache du One Two Two portant le nom de la fouetteuse «Flora», une poignée de porte de bordel 1900 en bronze, un heurtoir de maison close pour hommes, une dague de défense, une ceinture de chasteté et une curieuse “visionneuse enfermant des «mirages», ainsi que des cravaches, badines et plaques décoratives en bois sculpté”.
“Toutes ces photos, dessins, peintures et curiosités, illustrent la vie quotidienne dans ces maisons, scènes vénéneuses des amours tarifés, mais aussi théâtre d’une vie sociale brillante où le champagne coulait à flots, entre le frou-frou des élégantes et le va-et-vient des messieurs et le ballet des tenancières”. Créatrice de la galerie Au Bonheur du Jour, Nicole Canet fait elle-même figure d’œuvre d’art au milieu de ses collections érotiques. Cette ancienne danseuse de cabaret, reconvertie dans les curiosa, amasse depuis près de 30 ans les témoignages les plus extravagants de la vie sexuelle de nos arrière-grands-parents… Elle adore dévoiler ses trésors. Sa galerie est d’ailleurs aménagée en boudoir. On y entre comme dans un appartement de cocotte, saisi par le parfum qui imbibe les tentures et les toiles, les lourds catalogues reliés et les jolis meubles à bibelots, avec l'impression de faire un bond spatio-temporel en arrière. Ça fait rêver.
Bien malgré elles, les prostituées ont toujours fait rêver. En 2002, Régine Desforge rappelle que leur présence continue de hanter certains quartiers: il y a dans le Marais, “une rue au joli nom bien trompeur, la rue du Petit-Musc, qui en porta un autre avant que la morale bourgeoise ne s’en offusquât. C’était, au XIVe siècle, une petite artère où les prostituées exerçaient leur métier; d’où son nom d’alors, la Pute-y-muse…”. Le nom est joli, mais qu’on ne s’y trompe pas. Il cache une réalité souvent atroce. Les femmes qui se livrent à la prostitution sont –dans leur immense majorité– des esclaves sexuelles privées de tous les droits et contraintes de subir le martyre. “A Rome, rappelle Régine Desforge, les filles publiques portaient une mitre et une toge ouverte sur le devant. Leurs vêtements étaient jaunes, couleur de la honte et de la folie.” Dans l’occident chrétien, la prostituée reste un objet de répulsion.
Même le XIXe siècle, qui donne aux prostituées un statut de quasi-stars (les demi-mondaines deviennent des héroïnes d’opéras et de livres), les maintient cependant au rang de serpillères spermatiques. C’est “le siècle qui a le plus défendu la vertu, la féminité accomplie, et le plus institué la prostitution, avec les maisons closes, explique Bruno Remaury, anthropologue et auteur du Beau sexe faible. La féminité est toujours vue comme ambivalente: à la fois sublime, accomplie, parfaite; et malsaine, inquiétante, maléfique. Tout homme riche peut entretenir une femme destinée à son plaisir. Il a donc réellement à sa disposition les deux faces de la féminité: l'épouse vertueuse et la courtisane.” A la première échoit la mission de procréer de beaux enfants sains. A la seconde… celle de purger l’homme. “Le XIXe a de l'hérédité une vision primaire: on considère qu'un bandit aura des enfants bandits. Ainsi, la prostitution a du bon, au sens où, comme un évier, elle fait s'écouler les descendances bâtardes et dégénérées.”
Voilà donc à quoi servaient les prostituées des bordels. Marthe Richard savait de quel enfer il s’agissait quand elle réclama la fermeture des maisons closes. Ancienne prostituée, avant de devenir conseillère de Paris à la Libération, elle déposa en 1945 un projet de loi prévoyant leur suppression. La loi fut adoptée le 9 avril 1946. Depuis, les femmes/les hommes qui s’adonnent à la prostitution n’ont plus que le trottoir pour lieu de travail. Ou leur clavier d’ordinateur. Avant, enfermées dans des maisons capitonnées, ils/elles faisaient rêver. Maintenant, jeté(e)s par la loi Marthe Richard dans la rue ou sur internet, ce sont des travailleuses du sexe. Leurs conditions de vie sont toujours aussi précaires. Sous prétexte d'améliorer leur sort, la loi n'a fait que les rendre invisibles. Les voilà maintenant vouées à la semi-clandestinité, à l'ombre, à la honte, au déni et au silence. On appelle ça le progrès.
Exposition Maisons Closes, du 28 octobre au 31 janvier 2010. "Bordels de femmes. Bordels d’hommes. 1860-1946."
Le ministre de l'Immigration participait jeudi à une conférence sur la promotion de la diversité. 150 étudiants, opposés au débat sur l'identité nationale, lui avaient réservé un comité d'accueil...
M.P
Sciences Po Paris. (AFP)
«C'était sympa. Ça m'a permis de chanter la Marseillaise en arrivant ce qui ne m'était jamais arrivé dans cet amphi lorsque j'y étais étudiant.»
Attendu à 16 h30, le ministre est arrivé avec deux heures de retard. Pour l'accueillir, 150 étudiants irrités par le débat sur l'identité nationale et soucieux de le faire savoir. Et une banderole «Identité cassoulet».
«Rien que les termes du débat m'énervent. Pourquoi ne pas parler de citoyenneté ? Qu'est ce que ça veut dire “Identité nationale”», lance une étudiante, en équilibre sur une marche d'escalier. «Le débat est complètement faussé, on mélange tout, immigration et identité», enchaîne une autre, les cheveux en bataille.
«Ils ont verrouillé les entrées»
Dans les couloirs, ce jeudi soir, 150 élèves protestent à coups de «Besson Démission» ou de «Régulariser les sans-papiers.» On entend aussi, toutes les 2-3 minutes, «Travail, famille, patrie, c'est pas ça notre identité.»
«C'est ça qu'il appelle le débat ?», peste Andréa, 20 ans, la voix fatiguée d'avoir crié. Comme la plupart des élèves, elle vient de se faire refouler à l'entrée de l'amphi où se déroule la conférence. «C'est difficile d'avoir un débat quand on ne laisse pas les gens s'exprimer !», râle t-elle. «Ils ont verrouillé les entrées et on n'a même pas vu Eric Besson arriver. Il est passé par une porte de derrière, c'est courageux».
Plus malin, Mohamed, 18 ans, a réussi à se faufiler. Il raconte:«Quand Besson est rentré dans l'amphi, on a chanté la Marseillaise et on a déployé une banderole “Besson Expulsion”. Avant que le ministre prenne la parole, Jean-Paul Huchon (président socialiste du conseil régional d'Ile-de-France, ndlr) a fait une petite diatribe contre le débat sur l'identité nationale. Besson lui a répondu super sèchement : “Jean-Paul, on fait un face-à-face quand tu veux et où tu veux”. C'était hyper violent. A part ça, il n'a pratiquement rien dit...»
Présent lui aussi, Amar Ferdjaoui, délégué syndical CFDT et membre du groupe Ressource pour l'égalité homme-femme.«Quand les jeunes ont chanté la Marseillaise, le ministre s'est mis à chantonner aussi... C'était d'un goût très mauvais. A la fin, il a évoqué ses souvenirs d'étudiant à Sciences po, en disant qu'à son époque, il n'y avait pas de chorale...»
«J'ai même pas envie de participer au forum»
Plantées devant la porte de l'amphi depuis deux bonnes heures, Amélie et Clothilde, en master Relations internationales:«Franchement, y a plus urgent à traiter que cette question de l'identité nationale... Et c'est pas en ouvrant un forum sur internet qu'on crée un débat, ce n'est pas ça la démocratie.» La copine de renchérir : «J'ai même pas envie de participer au forum car je sais déjà que ce qui sera dit sera mal utilisé et mal interprété à des fins populistes.»
Dans un communiqué publié plus tard dans la soirée, les élèves dénoncent notamment «la censure quasi-systématique mise en place sur le site internet censé organiser ce débat virtuel et réifié».
20h30. A la sortie, un représentant du syndicat étudiant Unef tire sur sa cigarette, satisfait. «On a organisé ce comité d'accueil assez spontanément. C'était important de lui montrer qu'on refuse son double discours. D'un côté, il renvoie des migrants en Afghanistan, et de l'autre il vient tenir à Sciences Po un discours sur la diversité...»
Entretemps, le ministre a filé – comme il est arrivé – par une porte à l'arrière du bâtiment. «Oui, un charter l'attendait...», s'amuse un étudiant. Besson n'était pas le seul à avoir de l'humour.
Peut-on vivre sans religions, sans églises, sans prêtres ?
Lu sur CROA - lectures : "Par Albert BEAUGHON, fondateur de l'Union des Athées en 1970 .Voilà trois questions fort intéressantes toujours d'actualité qui demanderaient trois études.Mais la plus importante me paraît être la première : peut-on vivre sans religions ? Si la réponse est affirmative, il va de soi que les deux autres points perdent l'essentiel de leur objet et, dans ma position, je me bornerai à cette seule première question. Qu'est ce qu'une religion ? Ce terme est si vaste qu'il peut définir une simple conviction, puisqu'on peut parler raisonnablement du culte de la famille, du culte de la Patrie, du culte des Ancêtres, du culte de la Liberté, même le sport est devenu de nos jours une véritable religion avec, malheureusement, quelques fanatiques violents. Dans ce sens, il me semble que tout individu sensé est religieux, avec des convictions plus ou moins rationnelles.
Celui qui prétend pouvoir se passer de religion, dans ce sens général, me semble dans l'erreur, sa simple certitude de pouvoir se passer de religions, pouvant être alors assimilée à une conviction plus ou moins religieuse. Ces considérations, qui peuvent paraître inutiles, fastidieuses et oiseuses, sont en réalité de première importance, car elles font l'objet d'exploitations subtiles et rationnelles, qui peuvent nuire à nos propres convictions. Ainsi lorsque j'ai fondé l'Union des Athées, certains interlocuteurs, déistes ou non, m'ont dit, d'une manière sincère plus ou moins provocante, vous avez fondé une nouvelle religion. J'étais alors stupéfait, révolté, outré, et je m'élevais vigoureusement contre leur affirmation.
Mais à la réflexion je pense que cela peut fort bien se comprendre en l'absence d'accord sur le mot religion. Cette imprécision, m'amène à admettre que la certitude de mon athéisme s'apparente bien à une conviction sincère, donc à une religion dans le sens général de ce mot, mais j'ajoute aussitôt que, si l'on considère avec raison que l'Union des Athées est une religion, je réclame pour elle les avantages que l'on accorde aux religions, avantages dont l'Union des Athées est encore injustement exclue. J'aurais l'occasion de revenir sur ce point en conclusion. Évidemment ce sens général du mot religion n'est pas celui qui est en cause dans notre débat d'aujourd'hui, où il est manifestement question d'une croyance mystique essentiellement représentée par le déisme. Cette croyance mystique ne semble pas toucher l'ensemble des animaux, mais semble bien une caractéristique de l'animal humain.
Or ce qui caractérise physiquement ce dernier animal, c'est le développement hypertrophique de son cerveau par rapport à celui des autres animaux.
Teilhard de Chardin, éminent paléontologue, remarqua judicieuse-ment que toute spécialisation animale trop poussée devient un facteur d'avantages exceptionnels pour la race, mais devient aussi un facteur de danger nouveau et quelquefois fatal pour l'espèce. Ainsi les oiseaux les mieux adaptés au vol peuvent être voués à la mort s'ils tombent sur un sol plat qui ne leur permet pas de reprendre leur vol. De même les animaux d'origine aquatique, qui se sont adaptés à la respiration pulmonaire, s'asphyxient mortellement s'ils sont maintenus dans leur milieu aquatique d'origine. Teilhard de Chardin en a conclu, en faisant une colossale erreur, que la supériorité de l'animal humain était due à son absence de spécialisation. L'aveuglante spécialisation cérébrale de l'homme lui à paradoxalement échappé. Cette prodigieuse spécialisation cérébrale a donné à l'être humain son admirable évolution artistique, philosophique, scientifique et technique, mais comme toute spécialisation trop poussée elle a eu ses défauts catastrophiques, dont certains dramatiques, dangereux et destructeurs.
Ainsi elle a été la source d'une imagination délirante, de rêves obsédants et de fantasmes les plus extravagants. L'individu, se croyant d'une compréhension et d'une intelligence suprêmes, veut imposer aux autres, au nom de ses certitudes, ses convictions et ses goûts, dont il ne perçoit pas les défauts éventuels nocifs et dangereux... Là réside manifestement le complexe de Dieu. Le mystique devient son Dieu, ou, pour le moins, se prend pour le porte-parole d'un Dieu mythique qui correspond à sa tradition religieuse.
Le pape Jean-Paul II, qui s'exprime formellement au nom de son Dieu, me paraît, aujourd'hui, l'exemple spectaculaire le plus typique de ce dangereux et stupide travers de tous les déistes. Jean-Paul II veut, par ce moyen, imposer au Monde ses propres convictions. On ne répétera jamais assez qu'il y a autant de Dieux différents que de déistes. Actuellement le Dieu de Jean-Paul II est Jean-Paul II, comme le Dieu de Khomeiny était Khomeiny et le Dieu de Frossard est Frossard. Ces Dieux traduisent les convergences, mais surtout les oppositions, trop souvent violentes et dramatiques, de leurs instigateurs. Loin d'être la caractéristique des sots, ces déviations intellectuelles, sources du mysticisme ont trouvé un terrain de choix chez les plus doués. Le génie côtoie trop souvent la folie, l'un et l'autre pouvant fort bien coexister.
Le nombre de mystiques chez les intellectuels est probablement supérieur à la moyenne générale, mais il faut bien souligner qu'il y a de remarquables savants, aux dons intellectuels incontestables, réfractaires au trouble mystique, comme Lalande, Laplace, Claude Bernard et bien d'autres. Pasteur, le plus prestigieux des scientifiques français, a avoué, à la fin de sa vie, qu'il n'avait été croyant que par contagion familiale et sociale, et qu'il avait perdu progressivement toute croyance religieuse. Ces exemples montrent éloquem-ment que l'on peut fort bien vivre sans religion mystique, mais la tradition et l'environnement rendent cette position particulièrement difficile, incomprise et souvent dangereuse, surtout dans les régions ou les religions se sont longuement implantées. S'il n'est pas facile d'être athée dans nos régions occidentales où il règne encore un lourd et tenace atavisme chrétien, il l'est encore moins dans des régions ou le judaïsme règne en maître et c'est pratiquement suicidaire dans certains pays islamiques où l'athée est passible de la peine de mort la plus cruelle, comme il l'était dans nos régions occidentales, lorsque le christianisme faisait la Loi. Il est toujours bon de rappeler que pour cause d'athéisme, même à l'époque de la Renaissance, Vanini fut brûlé vif après qu'on lui eut arraché la langue et qu'il n'y à guère plus de deux cents ans, le Chevalier de la Barre fut torturé et exécuté toujours pour ce même motif.
Pour celui qui n'a pas le trouble mystique, les religions traditionnelles, comme les sectes et autres associations mystiques, proviennent manifestement d'un trouble psychique. J'ai d'autant moins de scrupules à l'affirmer que les déistes proclament volontiers, notamment dans la Bible, que les athées sont des insensés. On a dit, avec lucidité et beaucoup de bon sens, que la religion était l'opium du peuple, ou, comme l'a dit Freud, que les religions traduisent une névrose obsessionnelle, collective. Me référant aux exemples des célèbres athées que j'ai cités, je conclurai en affirmant qu'on peut fort bien vivre, et même vivre mieux sans religions, comme on peut fort bien vivre sans alcool ni tabac.
Les religions mystiques ne sont en effet qu'une aliénation psychique néfaste de la fonction intellectuelle, comme les drogues sont des aliénations chimiques extatiques, infernales ou paradisiaques, des sens. Avec une comparaison plus simple, plus courante et bien adaptée, j'assimilerai la croyance religieuse ordinaire à la consommation d'alcool. On peut fort bien vivre sans consommer d'alcool et les antialcooliques en sont une preuve évidente, mais pour beaucoup d'individus les boissons alcoolisées, surtout en quantité modérée, sont agréables, pratiquement sans nocivité et même toniques, alors que, pour quelques uns, l'alcool est un désastre, pour eux-mêmes et surtout pour leur entourage, trop souvent victimes de leurs colères de leurs violences et de leur déchéance.
De même pour beaucoup de personnes la religion traditionnelle ou le mysticisme courants sont des passe-temps agréables sans grand danger, avec un attrait théâtral, féerique, plaisant et enchanteur; alors que pour certains fanatiques, ce sont des facteurs d'oppression de haines et de violences mettant en danger non seulement leur propre personne mais aussi leur entourage, leur société, quand ce n'est pas le Monde entier. Je terminerai donc simplement en affirmant ma conviction que, de même qu'il ne faut pas qu'un alcoolique incite et, encore moins, oblige à boire de l'alcool, surtout celui qui n'en a pas envie, il ne faut pas que la propagande religieuse mystique, plus ou moins coercitive, soit soutenue et encouragée par les pouvoirs publics, sans donner aux athées les mêmes possibilités de défendre leurs convictions. Les conséquences dramatiques du fanatisme des religions traditionnelles, quant à la violence et l'intolérance, sont du même ordre que ceux des excès de l'alcoolisme.
Mais, de même que la prohibition a eu des effets néfastes allant à l'encontre du but recherché, il ne peut être question d'interdire les religions mystiques et d'imposer l'athéisme, ce qui aurait inévitablement les mêmes conséquences tragiques et déplorables que la prohibition. Cependant comme on limite avec sagesse la propagande pour les boissons alcoolisées, en favorisant la diffusion des thèses antialcooliques, il serait indispensable de faire de même pour les activités mystiques et athées en les traitant sur ce même mode.
L'injustice scandaleuse et révoltante d'aujourd'hui réside dans le fait que les activités religieuses mystiques sont encouragées et aidées par les pouvoirs publics, alors que l'athéisme ne bénéficie d'aucune aide ou d'aucun avantage du même ordre. J'en reviens donc à ma remarque préliminaire sur la conception générale de la religion et des cultes. Elle confirme, en effet, cette demande d'aides ou d'avantages pour l'athéisme, comparable à ce qui est accordé largement aux religions traditionnelles. Cette demande est donc ma principale et essentielle revendication, fondée notamment sur la facticité, actuellement scandaleusement bafouée par les pouvoirs publics, au mépris de la Constitution, des Lois de 1905 et de 1990, de la Convention Européenne des Droits de l'Homme et de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme. Tous ces textes condamnent formellement les avantages donnés unilatéralement à certaines religions. Je serais donc particulièrement heureux qu'une résolution soit prise, aujourd'hui, dans ce sens En premier lieu pour que les athées puissent équitablement bénéficier régulièrement de la Télévision Nationale, de même que les religions traditionnelles, qui diffusent leurs thèses dénigrantes pour les athées.
Tant que les athées n'auront pas ce droit, je réclame formellement pour eux, une réduction de leurs impôts et de leur redevance télévision, au prorata des fonds publics employés pour les avantages octroyés aux religions traditionnelles. Je signale que, sur le plan actuel du droit, seule une action peut être immédiatement engagée dans ce sens auprès de la Commission Européenne des Droits de l'Homme. Grâce à une action de ce genre, les Allemands, qui déclarent se séparer de leur Église, sont dispensés de l'impôt religieux. ".
Monde Libertaire / Edito
Editorialdu Monde Libertaire # 1571 du 5 au 11 Novembre 2009
Ah, que de charivari dans notre belle France. Quotidiens et magazines se renvoient la balle. Du jamais vu dans la Ve République, l’image des pouvoirs publics ternie à jamais… Que n’avons-nous pas lu ces jours derniers ?
Pasqua, un an de prison ferme, deux de ses acolytes six ans, ça fait toujours plaisir à entendre, même si l’on sait que ça va pas durer. Une juge d’instruction qui renvoie Jacques Chirac devant un tribunal, même des anarchistes se retiennent d’applaudir (tout en comprenant pourquoi nos instances nationales suprêmes veulent les supprimer ; diable, ces juges sont quasi autonomes, tandis que le Parquet est aux ordres). Tout ça, les lectrices et lecteurs du Monde libertaire l’auront bien compris, c’est de la mascarade pour les bonnes gens. Après le procès Clearstream, Villepin déclare vouloir tendre la main à Sarkozy, Pasqua, inculpé, en appelle à la levée du secret d’État… Ségolène Royal demandant la clémence pour Chirac, ça fait solidarité de clan (de classe ?), ne trouvez-vous pas ? Et le « méchant » de l’Élysée joue les Ponce Pilate, tout en n’ayant toujours pas digéré l’échec de l’ascension politique du prince Jean.
Pendant ce temps-là, on passe quasiment sous silence les expulsions de sans-papiers. Pas de nouvelles de ceux de Calais, du square Villemin, du foyer David-d’Angers, de la rue du Maroc à Paris. Vous avez dit trêve hivernale ? La dérive pétainiste est en marche rampante. Certes, nous n’en sommes pas à la Grande-Bretagne décrite dans le film V comme Vendetta,mais ça et là, on peut voir des signes avant-coureurs. Pour en rajouter, des militants syndicalistes d’EDF et GDF Suez sont licenciés à Toulouse pour fait de grève. Des exceptions qui se banalisent et on attend toujours un réveil syndical.
Pour le reste du monde, la grande question est la grande chasse à l’ennemi, aux forces du mal. En Afghanistan, l’implication étrangère va sûrement dépasser le Viêt Nam dans les records d’impopularité. C’est la loi collatérale de toute guerre… En Palestine, il n’y a pas de guerre, mais il y a des morts. Ceux d’avant, mais aussi ceux à venir. Entre autres, par manque d’eau, comme dénoncé par le dernier rapport d’Amnesty International (27 octobre) qui accuse le gouvernement de Tel-Aviv de maintenir, au bénéfice des colons, un contrôle total sur cette ressource essentielle pour la région.
On rappellera à toutes et à tous que depuis 1948, date de la création de l’État d’Israël, le véritable enjeu dans la région a été le contrôle de l’« or bleu ». La convention des Nations unies de 1997 qui réglementait le partage de l’eau n’a jamais été signée par Israël. CQFD. Sale temps pour le mouvement social, ici comme ailleurs.
Grippe A: la vaccination convainc Bachelot, pas les Français
Selon un sondage réalisé pour Santé Magazine, seuls 19,3% des Français ont l'intention de se vacciner contre la grippe A H1N1.
La ministre de la Santé Roselyne Bachelot, le 20 octobre 2009 à Paris. (AFP Francois Guillot)
La ministre de la Santé Roselyne Bachelot a défendu samedi sa politique de prévention de la grippe H1N1 en estimant que «sur le plan éthique, proposer la vaccination à l'ensemble de la population était et reste parfaitement justifié».
Pourtant, à peine un Français sur cinq (19,3%) a l'intention de se faire vacciner contre la grippe H1N1. Près des trois quarts de ceux qui ne le feront pas pensent que cette grippe n'est pas grave ou ont peur des effets secondaires, selon un sondage Obea/Infraforces réalisé pour Santé magazine.
Roselyne Bachelot, elle, souligne dans une interview au JDDqu'«au moment où les commandes (de vaccins) ont été passées, on pensait que deux doses seraient nécessaires pour vacciner la population».
Influence de l'industrie pharmaceutique
«Au final, une dose suffira peut-être. Et si c'est confirmé, ce sera une excellente nouvelle puisque nous pourrions proposer la vaccination beaucoup plus rapidement à la population», estime la ministre.
Le dispositif gouvernemental contre la grippe H1N1, avec 94 millions de vaccins commandés ferme, a essuyé des critiques tous azimuts telles que manque de transparence, influence disproportionnée de l'industrie pharmaceutique, mauvaise anticipation dans les hôpitaux. La ministre de la santé s'est défendue, affirmant: «Je n'ai pas derrière mon épaule un gourou à la solde des labos».
(Source AFP)
IDENTITE NATIONALE,LAICITE,REPUUBLIQUE....
Quelques lectures visant à rafraîchir les mémoires :
Ca y est ! Passées les frasques impériales dont tout le monde s'est repu depuis deux ans et demi,notre Sainteté impériale vient de se tirer la première vraie balle dans le pied (à talonnettes).
Sa propension aux fastes de l'Empire comme celle de son barnum vient d'être réduite à ce qu'elle était vraiment : des gesticulations insignifiantes accompagnant son incapacité à gouverner avec une vision.
Oui ,plus besoin de jeter en pâture le Prince Jean pour maquiller les dernières conneries d'une Bachelot ou pour flinguer un Devedjian.
Non plus besoin parce que le boomerang Villepin vient d'être lancé et ce depuis l'Elysée.
Volera bien,volera loin ou pas,dans quel état reviendra t il...mais en tout cas Galouzeau vient d'être remis en selle alors que sa Majesté voulait le voir pourrir au fond d'une charcuterie.
Le panier de crabe politique comme le cycle des marées journalistiques vont faire le reste du boulot :
le hussard technocrate et ancien premier ministre de la vieille république chiraquienne peut bien au gré des envies de ce qu'il reste d'électeurs ,se retrouver au premier plan pour partager le gateau en 2012.
Les députés UMP commencent d'ailleurs à se poser des questions.
Notre bon Empereur n'a pu prévoir tout ça comme il avait prévu la prise de pouvoir.
Le vieux grigou de Mitterrand l'a pourtant bien dit : << Garder le pouvoir est bien plus difficile que de le gagner >>.
En politique il semble que l'on soit toujours trop jeune.