CONTRESUBVERSION ?
Lu sur Ars industrialis : "La doctrine de la guerre révolutionnaire, spécialité française, ne subit-elle pas un regain d’actualité ? De l’ultragauche au sans-papiers, du chômeur à l’anti-hadopiste, du gréviste au schizophrène dangereux, les stigmatisations et dénonciations de groupes sociaux rappellent cette spécialité de la police et de l’armée françaises aussi appelée doctrine de la contresubversion.

Un climat de terreur latente
Si la doctrine de la guerre révolutionnaire est de retour, au moins à titre d’arme politique, cela signifie que l’ennemi intérieur, ou plutôt les ennemis intérieurs sont l’objet d’une seule et même campagne de création d’ennemis de la société [1]. Une campagne relayée et amplifiée par la caisse de résonance médiatique. Selon la doctrine de la guerre révolutionnaire, sur laquelle nous revenons plus bas, cette campagne aurait pour effet d’activer chez les groupes non stigmatisés un réflexe de non identification et de non solidarité avec les groupes stigmatisés, et, par suite, de recentrement autour du discours officiel. Des attaques multiples qui pourraient n’être qu’une tentative de terrorisation et d’orientation psychologique de la « majorité silencieuse », victime d’une manipulation destinée à servir des enjeux d’une domination politique.
Le principe marche très bien à l’échelle d’une population : pourquoi dans le cas où l’on n’appartient à aucun des groupes stigmatisés se rapprocherait-on d’eux ou adopterait-on leurs idées, à moins de vouloir se confronter aux autorités, avec ses collègues bien-pensants ou avec… son boss ? C’est ainsi que certains salariés ont refusé l’étiquette de « rouges » et ne se sont pas déclarés grévistes lors des dernières manifestations nationales. Combien serait-on si chacun pouvait débrancher ce petit système de survie ? La suggestion marche de fait très bien, comme dans l’expérience de la goutte d’huile dans l’eau, au milieu du sel et du poivre – pour ceux qui ne connaissent pas l’expérience, l’huile sépare brutalement le sel et le poivre, qui s’en vont chacun sur un bord opposé de l’assiette. Chez les esprits bien pensants, le principe d’éloigner des groupes visés par la stigmatisation ou la répression, qu’elle soit policière ou médiatique, et, corrélativement, d’identification avec les groupes non visés, est une tendance inévitable.
Dans l’hypothèse où la surenchère sécuritaire reposerait sur une stratégie de contresubversion, les attaques répétées contre les « virus » du système politico-économique actuel auraient pour but de diffuser un sentiment de terreur et, corrélativement, de passivité, au moment même où les attaques du système démocratiques se multiplient et où le citoyen ressent qu’il a perdu le pouvoir de faire entendre ses exigences [2]. Cette perte de pouvoir est précisément ce qui doit être maintenu le plus longtemps possible dans l’ombre en limitant la propagation de l’esprit de révolte, en orchestrant la désignation d’ennemis intérieurs et la stabilisation de l’opinion. Nous verrons que cette stabilisation sert, dans le même temps, à légitimer le déploiement d’une architecture du contrôle et des choix sécuritaires en vue de la répression de tous les contre-pouvoirs émergents, autrement dit le maintien d’une politique de classes.
Retour sur une doctrine de guerre
Au Festival des résistances et alternatives à Paris (FRAP), mi-mai, Mathieu Rigouste exposait à ses auditeurs ses recherches sur les techniques de la guerre révolutionnaire, à partir notamment des archives de l’Institut des hautes études de la Défense nationale (IHEDN). En tant que spécialité qui a valu aux Français une réputation mondiale, la doctrine de la guerre révolutionnaire tire son origine d’expériences de guerres, en Indochine puis en Algérie. Ces expériences, incluant torture, disparitions forcées, infiltrations, recensement, maillage de la population, dénonciations, visaient d’une part à maîtriser l’adversaire et d’autre part à obtenir la collaboration de la population non révolutionnaire. Ces expériences furent rassemblées dans plusieurs documents au retour de la guerre d’Indochine.
La doctrine suppose que les « virus » subversifs – révolutionnaires, communistes, de libération nationale, etc. – mettent en danger la population d’une zone, ayant des effets nocifs sur son « unité » et pouvant aussi renverser l’opinion de la partie non atteinte de la population. Ces virus subversifs sont cachés au sein de la population, sans qu’on puisse séparer les citoyens inoffensifs des révolutionnaires. Ils sont logiquement organisés autour d’une OPA (organisation politico-administrative). La mission de l’armée et des services de renseignement est alors de lutter contre ces virus en identifiant et en poursuivant l’OPA dans la population globale. Pour y parvenir, il est nécessaire d’influencer celle-ci, en la persuadant de son intérêt à ne pas cacher les subversifs, à s’en éloigner, ainsi qu’à collaborer et à dénoncer les membres de l’OPA.
Constituée entre 1953 et 1960, la doctrine a fait l’expertise des renseignements et de l’armée française à l’étranger, au point que d’autres pays sont venus se former en France à ce type de tactique urbaine. Elle a été interdite officiellement en France en 1961, mais cela n’a pas empêché Mai 1968 d’en être un nouveau terrain d’application. De plus, depuis les années 1970, quoique interdite, la doctrine a sans doute contribué à façonner la grille de lecture sécuritaire face aux poulations immigrées, vécues comme vecteur intérieur d’une menace globale – islamisme, terrorisme, immigration clandestine, violences urbaines… – et a entraîné la mise en place du nouvel ordre sécuritaire sur une base identitaire. C’est l’avis de Mathieu Rigouste [3], pour qui le modèle matriciel issu des guerres coloniales a imprégné la vision des politiques de sécurité intérieure et les premiers dispositifs sécuritaires.
Au sein de l’IHEDN, qui n’est autre qu’un institut créé par Pétain pour former les cadres de la nation, Mathieu Rigouste indique que la doctrine a toujours eu ses défenseurs, qu’elle y reste discutée encore aujourd’hui et continue d’influencer une élite à la fois militiaire, politique et médiatique par ses principes simples et efficaces. Or cette élite de l’IHEDN, qui est pour un tiers composée de cadres de l’armée, pour un tiers de magistrats et pour un tiers de personnalités du privé – patrons de l’audiovisuel et de la presse, du complexe militaro-industriel… –, est-elle toujours chargée ou tentée de transmettre les représentations des subversifs et la manière de les reconnaître dans le corps social ? La doctrine peut-elle s’étendre à de nouveaux ennemis, de plus en plus imaginaires ? Et dans quel but, sachant qu’une telle stratégie se double toujours d’enjeux de domination totale ?
Les « risques gris » et la multiplication des « ennemis intérieurs »
A ces questions il est tentant de répondre par une autre : pourquoi un pays dont c’est la spécialité, qui a plusieurs fois affirmé sa supériorité dans ces techniques, y compris en 1968, et dont l’élite (militaire, médiatique, etc.) continue à être en contact avec les principes très simples de la contresubversion, bref, pourquoi l’ordre établi se priverait-il d’une telle arme ? L’on n’abandonne pas une arme qui marche, qui plus est dans un pays dont c’est devenu la spécialité en matière d’ordre social…
Plus précisément, dans un rapport des RG de 2005, au moment où la police est confrontée aux émeutes urbaines dans les banlieues, les risques « sociaux » prennent le pas sur l’islamisme, qui formait jusqu’alors le principal ennemi potentiel. Il y a une inflexion dans la façon de considérer les facteurs de risques sociaux. Le rapport de RG généralise la cause des émeutes. Il s’agit d’un « risque gris » multiple, au sein des milieux populaires, par opposition aux milieux bourgeois. Tous les milieux populaires sont considérés comme des milieux à risques. A cette période, les discutants de l’IHEDN montrent qu’il ne semble pas y avoir de récupération gauchiste ni d’animation terroriste dans les émeutes et que ces mouvements sont avant tout « sociaux », autrement dit sans véritable OPA – l’organisation politico-administrative qui caractérisait le réseau subversif. Curieusement, après les émeutes, la police française a redoré son blason de spécialiste mondial dans les combats contre les risques intérieurs. Depuis, quoiqu’il ne s’agisse pas de rechercher la « tête » de réseaux de subversion – et peut-être à cause de ce côté flou des « risques sociaux » mal définis –, l’on voit sans cesse brandir des solutions de quadrillage technologico-sécuritaire du territoire, comme ces derniers jours autour des établissements scolaires.
Cependant, il ne peut être question d’étendre ces instruments de contrôle à tous les espaces publics et parfois privés – cf. l’incitation faite aux commerçants de s’équiper de caméras de sécurité – sans créer ou orchestrer des événements qui le légitimeront. C’est là que le principe psychologique de la contresubversion pourrait s’avérer efficace, pour légitimer ces installations en s’appuyant sur la construction d’ennemis intérieurs désignés. Ainsi, la croissance du nombre d’interpellations, de violences policières, de garde à vue prolongées, ainsi que de stigmatisations de plus en plus multiformes de groupes sociaux présentés comme subversifs pourraient servir la logique de domination globale d’une classe dirigeante de moins en moins « soucieuse » des libertés. Cette logique globale, au-delà des intérêts que l’on pourrait qualifier d’économiques – de relance économique par l’innovation sécuritaire, puisque la recherche et l’équipement technologique sécuritaire se trouvent de fait largement stimulés – est surtout porteuse d’une intention de maintien de l’ordre. Intimider, voire terroriser l’opinion, et par là aussi et surtout : convaincre une majorité d’adhérer au renforcement de tous les contrôles et de maintenir en place un pouvoir qu’elle serait tentée de désavouer s’il n’y avait pas ces ennemis intérieurs.
Dans les faits, les dispositifs sécuritaires conquièrent des espaces où ils n’auraient pas été tolérés un an plus tôt. Installations de caméras, fichiers de renseignements, portiques de détection des métaux, fouilles des élèves, descentes de police – vecteurs d’une « bonne insécurité » selon certains, après des descentes de prévention contre la drogue –, etc., gagnent tout le système éducatif. Dans la même logique antisubversive, il faut rappeler, fin 2008, un appel d’offres du ministère de l’Education pour la création de fichiers répertoriant les « leaders d’opinion » à l’université, analysant « leur potentiel d’influence et leur capacité à se constituer en réseau ». Ce système en place depuis 2006, de l’aveu du ministère, et digne des méthodes de renseignement les plus contresubversives augure mal de la façon de considérer le milieu universitaire. Il faut dire que depuis la loi Devaquet, en 1986, et à la suite des mouvements anti-CPE en 2006, le gouvernement a fort à faire avec la lucidité d’un milieu retors aux manipulations (sans parler des prises de conscience de cette année). De fait aussi, les lieux de la criminalité désignés comme tels se multiplient, avec une focalisation particulière, ces jours-ci encore, sur le système éducatif, après le coup de poignard d’un collégien sur une prof de maths qui l’avait puni ou l’agression d’une CPE dans les couloirs d’un collège. Des faits dramatiques surexploités et où l’on se hâte de légitimer la réponse sécuritaire par l’exemple du grand frère américain. Las, l’intelligence statistico-comparative a ses limites lorsqu’on n’oublie tant d’autres paramètres et que l’on fait l’impasse sur le bilan d’un pays en proie à une crise totale… Mais certains continuent, comme le fait le gouvernement, à se servir de l’argument d’autorité du grand frère américain.
Quant aux offensives médiatiques, la liste serait longue. Quelques-unes parmi les plus visibles : en janvier 2009, le JDD titrait à propos des grévistes de Saint-Lazare : « SUD, le nouvel ennemi public », au milieu d’une campagne médiatique générale analysée par Le Plan B dans son numéro de février-mars ; des colonnes entières sont consacrées aux sacages occasionnés en marge des manifestations – anti-OTAN, anti-G20, grèves nationales… –, dont certains sont visiblement entretenus par les services de sécurité ; quant au montage de l’« ultragauche » et de la « bande à Coupat », référence aux années 1920 dont personne ne connaît plus rien, il est l’emblème du refus de laisser émerger des alternatives critiques (aux modes de production-consommation actuels, etc.) et de voir étalés au grand jour les tabous de l’ordre établi. D’une manière générale, la presse a intérêt à relayer les attaques du gouvernement, à stabiliser l’opinion et à la maintenir éloignée des « subversifs », faisant le jeu de la contresubversion en relayant les effets d’intimidation [4].
Il faudrait ajouter, parmi d’autres, la manipulation des chiffres sur la délinquance pour modifier les principes de la justice des mineurs, les attaques aux sans-papier pour justifier des chasses à l’homme terrorisantes, la culpabilisation des associations d’aide aux sans logement (le DAL face à la justice) ou aux sans-papiers, l’organisation de la délation, etc. Face à ce qui pourrait être des applications médiatiques du principe de contresubversion, on ne peut omettre de mentionner la grippe A, diagnostiquée comme une pandémie dès les premiers cas et elle aussi en bonne place pour maintenir l’angoisse d’une pandémie mortelle à son maximum, laisser planer la perspective d’une loi martiale prochaine – comme au Mexique début mai, où elle a favorisé des interpellations. Une situation visiblement prévue depuis mi-2007, date où un programme d’éducation récemment évoqué par le président de France Télévisions a été conçu avec l’aide de France 5, afin de poursuivre l’éducation des jeunes par des modules télévisés, dans l’hypothèse où serait pronconcée l’interdiction de sortir des chaumières.
A la différence de la guerre révolutionnaire, la figure de ces ennemis est entachée d’un flou général quant à leurs revendications. Cela rappelle le « risque gris » mentionné plus haut, et l’absence d’OPA dans un certain nombre de cas. En revanche, dès qu’un simili d’OPA se présente, il devient une cible directe. Un risque gris émergeant qui plonge ses racines dans la remise en cause de l’ordre établi, la lutte contre un Etat mafieux ou, comme on pourrait le dire à l’ancienne : la lutte des classes… Et cela au sein des milieux populaires, mais pas seulement – Coupat dans l’interview qui précède sa remise en liberté a cette phrase : « Il y a de la plèbe dans toutes les classes » (citant Hegel)… C’est ainsi que sont visées toutes les voix discordantes qui ne servent pas la « planification » étatique en matière de développement industriel et social, les choix de l’innovation et de la croissance financière, toutes les voix discordantes qui luttent contre les choix sécuritaires et de contrôle, contre la régression du droit du travail et les choix de mise au pas du salariat par les grandes instances internationales, et enfin toutes les générations susceptibles d’apprendre et de repenser le monde autrement – d’où la focalisation sur les étudiants et la jeunesse. Tout cela doit être considéré comme des virus et il faut empêcher la collusion et le rapprochement du reste de la population avec eux, qui pense : « Plutôt ma sécurité que de moisir au poste 96 heures pour avoir barbouillé un panneau publicitaire »… (comme c’est arrivé récemment à des antipubs).
Ces « virus » peuplent les journaux, les postes de police ou les prisons, soumis à des procédures d’interpellation, de garde à vue et d’emprisonnement de moins en moins conformes au droit et à la justice. Les rapports récemment publiés d’Amnesty, de la LDH ou de la Commission de déontologie de la sécurité confirment la tendance, même s’ils font l’objet d’une médiatisation infime et que la classe politique s’en saisit très peu. Même, à un autre niveau, le bilan 2009 de la CNIL – qui comportait des critiques sur les atteintes au droit dans la loi Création et Internet – a subi un retard de publication jusqu’au dernier vote de la loi Hadopi afin de limiter sa médiatisation. C’est dire la transparence dans laquelle ces rapports sont publiés et accueillis par la classe politique. Sans doute les rapports sur la sécurité seront-ils eux aussi lettre morte au niveau politique, car les violences policières et les interpellations dites régulières sont, vis-à-vis des subversifs, la preuve renouvelée d’une stratégie de violence morale et d’une urgence de soumission générale de la société.
Ici, en temps de paix, les caméras, interpellations, fichiers, enregistrements divers valent pour le quadrillage des villes et les barrages filtrants dans la casbah d’Alger en pleine guerre d’Algérie. En temps de paix aussi, cette arme psychique qui consiste à faire grandir les peurs, sur fond de crise économique, s’avère être l’arme idéale pour faire admettre une politique d’inégalités contraire aux intérêts de la majorité.
L’ère de la manipulation
Voilà au final à quoi pourrait servir la multiplication des groupes stigmatisés et l’amplification du volume des attaques contre toutes sortes d’opposants :
1) faire agir la séparation spontanée entre « ceux qui n’ont rien à se reprocher » et les personnages « dangereux pour la société » ;
2) faire entrer en vigueur tous les dispositifs les plus impensés auparavant afin de préparer le contrôle de tous les espaces sociaux, voire privés ;
3) Maintenir un ordre de domination dont les intérêts sont classiques : la domination sans contre-pouvoir, avec de nouveaux instruments de l’ordre, y compris les techniques d’intimidation psychologique.
L’on peut considérer aujourd’hui que l’Etat et la classe dominante organisent la domination d’une manière technique, en abusant de leur statut officiel d’Etat et de dirigeants ou de professions influentes, par la dénonciation officielle d’ennemis de l’ordre intérieurs dont il s’agit d’éloigner le reste de la population. Il faut organiser la suspicion à l’égard des fauteurs de troubles afin qu’elle soit plus forte que la suspicion que peuvent engendrer le maillage des lieux d’existence par l’industrie sécuritaire ou le marketing, la destruction systématique des oppositions émergentes et les politiques d’inégalités. C’est en effet le seul biais qui s’offre à eux pour maintenir un simulacre d’adhésion. Et cela marche sur tous les esprits bien-pensants.
Et si cela s’avérait ne pas être une technique de contresubversion – mais une logique autogénérée par le système de gouvernementalité actuel, fondé sur des calculs de risques, et qui, selon une logique foucaldienne, génère de façon systématique des instruments d’analyse et de contrôle de ces risques pour installer ses parefeux là où sont décelés des risques d’insécurité –, les conséquences psychologiques sont identiques : le témoin des coups de sang des ministres et des stigmatisations à l’emporte-pièce interprète que, s’il est un bon citoyen, il ne doit pas s’acoquiner ou collaborer avec les « rebelles ».
Inquiéter, terroriser ou empêcher les plus dociles de rejoindre le camp « rebelle » : cela marche sur tous les esprits bien-pensants à l’heure ou il semble que la pire des obcénités soit devenue l’exigence de liberté.
Louise A. Renard
Publié sur hns-info
[1] On pourrait ajouter d’autres axes, ils se multiplient tous les jours et convergent, sans réelles raisons, à former un ennemi global : ainsi, de l’anti-hadopiste (cf. le salarié de TF1 licencié) à l’anti-ogm, dont les premiers sont « criminels » vis-à-vis de l’industrie de la création, et dont les seconds pourraient un jour se voir accusés d’empêcher certains industriels de « nourrir l’humanité », vu la tendance de la propagande pro-ogm à affirmer être une solution contre la faim dans le monde… Les axes seront sans doute innombrables dans quelque temps, ce qui, dans l’hypothèse de forger une ennemi global, peut avoir pour effet de faciliter la doctrine de la contresubversion, car les interpellations seront d’autant plus faciles que le chef d’accusation sera imaginaire.
[2] Emblématique de ce qu’est devenu le débat parlementaire : la campagne anti-hadopiste a montré à quel point l’Assemblée était vidée de sa fonction démocratique. Des députés de la majorité ont fait savoir en effet, entre les deux passages à l’Assemblée, tout leur mépris du processus démocratique (la loi passera, martèle l’un d’eux), avouant par là que les votes se réduisent toujours plus à une procédure formelle et que le travail parlementaire ne protège plus des effets d’une politique de domination.
[3] Cf. « L’ennemi intérieur. La généalogie coloniale et militaire de l’ordre sécuritaire dans la France contemporaine », de Mathieu Rigouste. Consultable sur le site de l’éditeur : http://www.editionsladecouverte.fr.
[4] La caisse de résonance médiatique partage une large responsabilité dans la diffusion de l’intimidation. L’effet psychologique joue d’autant mieux que la saturation d’informations empêche d’élaborer les faits et maintient l’opinion dans l’incapacité de s’interroger réellement sur ce qui s’est passé. La succession des messages semble court-circuiter les processus de réflexion. La diffusion de messages traumatisants oblige de plus chacun à brider sa sensibilité et à endommager la capacité de critique et d’engagement.
30 juin 2009
AREVA : Au temps béni des colonies.....
Areva contre Touareg, jugement rendu le 15 septembre
Areva jugé pour discrimination envers les Touareg
LEMONDE.FR avec AFP | 23.06.09 | 19h51 • Mis à jour le 23.06.09 | 19h52
Le groupe nucléaire français Areva et l'un de ses cadres dirigeants étaient poursuivis mardi 23 juin devant le tribunal correctionnel de Paris pour provocation à la discrimination contre les Touareg du Niger.
Le directeur de la protection du patrimoine et des personnes à Areva, l'ancien amiral Thierry d'Arbonneau, est accusé d'avoir appelé le gouvernement français à aider le Niger à "mater" la rébellion touareg, lors d'un colloque sur la "sécurité économique" organisé par le Medef à Paris, le 21 octobre 2008. Ses propos avaient été rapportés par l'hebdomadaire Le Canard enchaîné du 5 novembre 2008.
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Un cadre dirigeant d'Areva est accusé d'avoir appelé le gouvernement français à aider le Niger à "mater" la rébellion touareg.
Il était cité à comparaître, ainsi qu'Areva en tant que personne morale, par l'association Alhak-en-Akal, défendant la société civile touareg du Niger, ainsi que par l'association allemande Menschenrechte 3 000 EV. Le jugement de la 17e chambre correctionnelle sera rendu le 15 septembre.
Numéro un mondial du nucléaire civil et premier employeur privé du Niger, Areva exploite dans ce pays plusieurs gisements d'uranium. Depuis début 2007, les autorités du Niger, troisième producteur mondial d'uranium, sont confrontées aux actions de la rébellion touareg qui réclame une plus grande part pour les populations locales des bénéfices tirés de cette exploitation.
François BERANGER
Y A PAS QUE M.JACKSON dans la vie.Trop vite oublié le François....
29 juin 2009
COMMUNIQUE
Communiqué de l'Internationale des Fédérations Anarchistes – juin 2009
La crise actuelle a des causes claires, dit-on sur de nombreux forums, l'avarice des capitalistes à vouloir gagner plus sans aucun contrôle et l'augmentation des prix bien au-delà de la valeur réelle des choses.
Maintenant, banquiers et patrons disent qu'ils n'ont pas d'argent pour assurer leur mission, donner du travail et financer. Cette situation nous amène à des taux de chômage toujours plus élevés.
Comme toujours, la classe des travailleurs endure les pires conséquences de la crise. Ces causes sont très similaires dans beaucoup de pays capitalistes, mais le commencement et l'intensité de la crise n'ont pas été les mêmes partout.
Nous ne pouvons pas oublier qu'avant que la crise éclate, le monde capitaliste a connu une longue période de calme. Dans nombre de pays, ces mêmes banquiers et patrons ont accumulé des fortunes immenses. Où sont passées les richesses produites par les travailleurs durant toutes ces années?
Pourquoi ne les utilise-t-on pas pour relever l'économie et donner du travail et de meilleures conditions de vie à tous ? Les Etats ont financé les banques et les entreprises avec l'argent de tous les contribuables. Ils nous volent à deux reprises, en s'appropriant la production, puis les impôts avec lesquels on finance l'Etat, et qui devraient être réinvestis dans la société.
On ôte le masque, tout pour les « maîtres ». A nous l'effort et la souffrance.
Le mode de vie des pays capitalistes n'est pas soutenable. La majeure partie de la population vit au-dessus de ses possibilités économiques, plongée dans l'endettement auprès des banques, dû à l'incitation des médias vendus ou à la solde des grands groupes économiques, qui nous convainquent que c'est ainsi qu'il faut vivre.
Nous devons changer le mode de vie capitaliste, en montrant aux gens la nécessité de rompre avec le système et ses modes de relations sociales, de travail et économiques. En le remplaçant par une société formée d'individus ayant les mêmes droits et les mêmes devoirs. Une société à laquelle nous donnerons l'égalité comme fondement, la liberté comme moyen et la fraternité comme but.
Nous appelons tous et toutes à commencer la résistance contre le capital.
Et grâce à l'union, l'action et l'autogestion, à affronter le système pour le détruire et rendre possible la nécessité de la Révolution Sociale.
Secrétariat de l'Internationale des Fédérations Anarchistes (IFA)
http://www.iaf-ifa.org/
28 juin 2009
EDITO
Editorial du Monde Libertaire # 1562 du 25 Juin au 1er Juillet 2009
Chez nous, c’est bientôt les vacances et le fait divers règne, la fatuité, le creux, le titata. Las, sous le sable fin, c’est l’enfer habituel. Malgré de belles promesses patronales – de celles qui n’engagent que ceux qui y croient – et malgré les naïfs et pathétiques efforts (style : travailler plus pour gagner moins) de ses ouvriers depuis deux ans, Bibendum supprime mille emplois sur trois de ses sites. Pis, depuis quelques jours il est bien souvent question sur Radio-Paris du gouffre insondable de la sécu, plus de 20 milliards à en croire les caquetages téléguidés.
On sait ce que ça prépare, ce genre d’infos… et ça n’a pas tardé : reprise des « réformes », retraite à 67 ans (La Parisot n’en demandait que 63 et demi), incantations pour l’emploi des seniors etc.. Et le schizo élyséen campé sur ses maigres ergots de recommander, sans rire, à ses comparses européens de faire priorité au social afin de prévenir la haine des ouvriers devant les ravages de la crise : Faites ce que je dis, faites pas ce que je fais.
Enfin, ça barde en Iran et on admire avec quelle mesure, quelle sobriété, nos faiseurs d’opinion en ont traité l’information. Il a tout d’abord été question de quelques bourrages d’urnes bien anodins, façon Île-de-Beauté. Puis, peu à peu, les foules ne cessant pas de chahuter, les manifestants se faisant un petit peu dézinguer par la police, l’armée et les gardiens de la révolution, on a appris par la bande et de façon quasi confidentielle, qu’en fait il ne s’agissait pas d’une simple tricherie mais bel et bien d’un braquage électoral total. Ahmadinejad n’était pas seulement mis en difficulté, comme on voulait nous le faire accroire, mais tout à fait blaqueboulé par ses deux concurrents dans la course au pouvoir : il ne venait qu’en troisième position dans les scores. Les médias ont à ce sujet réussi ce tour de force de ne jamais le dire clairement; ils se sont contentés de relater l’imbroglio feuilletonesque des manifestations de plus en plus suivies et des prises de position contradictoires des barbus ; puis, au final, de nous annoncer sans état d’âme que le Coran, la trique et les chaussettes à clou avaient refermé le couvercle sur le juste courroux de nos amis perses.
À partir de désormais, ça sera comme d’habitude : élection truquée en Iran ou référendum bafoué sur la constitution européenne en Franchouillie : ici comme là-bas, on fout un homme ou un projet à la porte et il rentre en force par la fenêtre. En toute démocratie.
27 juin 2009
Chomsky et compagnie.
Voici le premier des neufs vidéos de Chomsky et Compagnie par Daniel Mermet (France Inter tous les jours à 15h pour ceux qui ne le connaissent pas encore.....en lien sur le blog 'La-bas si j'y suis' ).
OGM : En Suisse....
(Par flippy / l'en Dehors)
Sabotage d'un champ ogm à Pully, Suisse
La nuit du 22 juin 2009 a eu lieu un action de sabotage contre le champ d'experimentation ogm de pully. Des bouteilles remplies du cocktail letal pour les plantes ont été lancées a l'interieur du champ.Le but de cette action est d'endommanger le déroulement de ces expérimentations en plain air. Un acte de résistance contre l'invasion du transgenique dans nos vies et celles de tous les êtres de la terre.
Il est impossible de contenir les effets des ogm et le but de ces recherches n'est certainement pas de nous protéger contre leur effects négatifs, mais de paver la route aux multinationales du transgénique pour nous imposer les produits ogm, le lobby du biotech a inventé une fausse distinctione entre recherche publique et recherche privée. La première, visée soi-disant au bien être de l'humanite, la deuxiéme au seul bénefice des entreprises privées.
La vérite est qu'il existe une seule volonte, celle de faire des profits sur ce qui est de tout le monde et de transformer la planète en une sterile monoculture.
Les résultats de décennies d'agriculture industrielle et de recherches scientifiques est tragique, pour les populations et pour la nature.
Nous n'avons pas besoin des chercheurs pour savoir ce qui est ethiquement justifiable et nous agissons en écoutant notre coeur, refusant la logique du profit a tout prix.
Nous nous opposons et nous nous défendons, et enfreignons la loi si nécessaire.
Nous savons que cette méthode prêtera à controverse. Mais que pouvons-nous faire face a la violation de l'intimité de chaque être vivant, sinon résister de toutes nos forces et par chaque moyen nécessaire?
Pour une terre libre et sauvage
26 juin 2009
Le Sujet qui fâche à l'école de l' arrêt publique....
Ce texte fait partie de,de,de......
«Nathalie Cerisier est commerciale chez un fabricant de matériel de caisse. Elle prospecte donc les grande surfaces afin de leur proposer des postes de caisses ergonomiques. Mais cette salariée n’atteint plus les objectifs de vente fixés par son manager.»
....d'un sujet de BAC section STG ! Les candidats étaient amenés à conseiller un employeur souhaitant licencier une salariée pour défaut de productivité.
La question posée aux candidats: «Formulez le raisonnement juridique que devra conduire l’employeur si l’affaire devait être portée devant le tribunal».
Dormez tranquille chers adhérents du Medef ,l'école prépare votre avenir./
Z€LaST
25 juin 2009
SANS PAPIERS : La CGT se prend pour les pandors
Quelle mouche a piqué la CGT suis je en droit de me demander quand j'apprends que sa milice privée,appelée 'les gros bras' par les journaleux,à sorti << manu militari >> les sans papiers qui occupaient ses locaux ?
Tout le monde va s'indigner ou se gausser (je pense au Figaro ou autre canard prompt à vendre du papier sur le malheur).
Moi je dirais simplement : que pouvons nous attendre de mieux d'un syndicat qui n'a jamais défendu autre chose que ses intérêts (CE,représentation syndicale,etc....) et qui depuis longtemps a choisi de coopérer avec le patronat pour savoir quelle marque de vaseline était la plus appropriée pour les ouvriers ?
Rien attendre de mieux pour se préparer au pire.Et bien c'est fait.
vous avez un problème de squatter ? Appelez la CGT !
vous avez un problème d'ouvrier qui occupe une usine ou retient un patron ? Appelez la CGT !!!
Bouffant dans la gamelle du MEDEF,ne représentant (à l'image du PS...) qu'elle même et ses barons qui aurait trop peur d'usines autogérées dans lesquelles cette forme passéiste et caduque de syndicalisme n'aurait plus rien à faire,la CGT comme son représentant n'est devenue qu'une machine à fabriquer des cartes d'adhésion....et des flics en devenir.
Z€LaST
24 juin 2009
LA CRISE.....
Par Michel Rogalski, Économiste, CNRS-EHESS (extrait)
Cette crise que bien peu ont vu venir, notamment parmi ceux qui avaient prophétisé un peu hasardeusement la « fin de l’Histoire », trouve son origine dans l’économie d’endettement mise en place depuis 25 ans à l’échelle du monde et qui favorise ceux qui ont un excédent d’épargne et pénalise ceux qui n’en ont pas. C’est également vrai de la dette publique. Avant d’être un transfert intergénérationnel c’est une ponction réalisée dans l’instant présent par les riches sur le dos des pauvres et qui participe donc à l’aggravation des inégalités. Bref, on a forcé les pauvres à s’endetter alors qu’on savait bien qu’ils ne pourraient pas rembourser. C’est la faillite d’un mode de croissance et d’un mode d’accumulation : endetter les gens après les avoir appauvris.
Ce modèle de développement s’est répandu dans le monde occidental depuis la période Reagan/Thatcher. C’est celui de la déflation salariale. Partout le partage de la valeur ajoutée entre profit et salaires s’est fait au détriment des seconds alors même que la proportion des salariés était croissante. Cet appauvrissement des familles s’est doublé de leur endettement nécessaire au maintien du système. L’extrême diffusion des cartes de crédit aux États-Unis a encore accentué le phénomène.
Cette déflation salariale reflète la lente dégradation d’un rapport de force entre capital et travail qui mine l’ensemble des pays de l’OCDE. Elle accompagne la phase qui s’est ouverte au début des années 80 où l’on vit se mettre en place tout à la fois au Nord les politiques d’austérité et au Sud les plans d’ajustement structurel. Deux visages d’une même démarche qui aida fortement à la prise de conscience de solidarités à l’échelle du monde. Car au Nord, la victime des politiques d’austérité remettant en cause les acquis constitués comprend spontanément le sens des luttes de ceux qui, au Sud, combattent les politiques d’ajustement structurel imposées par le FMI. Il s’agit de luttes dont la convergence est d’emblée perçue et dont la disparité dans la situation des acteurs ne fait pas obstacle à leur mise en relation.
Mais tout ceci ne fut rendu possible que grâce à la poussée d’une vague de mondialisation qui bouscula tout sur son passage. La déflation salariale s’obtint par la mise en concurrence des travailleurs à l’échelle du monde en rapprochant capital et bas salaires que ce soit à coups de délocalisations ou par l’organisation de flux migratoires. Ainsi fut mis fin à un compromis implicite qui régnait sur un territoire donné entre travail et capital et qui faisait en sorte que la grosse firme puisse écouler la marchandise produite auprès de consommateurs disposant d’un pouvoir d’achat suffisant. Dès lors que l’horizon devenait planétaire, la firme multinationale pouvait s’émanciper du contexte social car seul comptait son chiffre d’affaires. Et s’il pouvait être réalisé à l’export, alors qu’importait la fermeture des bassins d’emplois et la montée du chômage.
Le chiffre d’affaires devenant mondial on pouvait dégrader l’emploi, casser des secteurs d’activités, démanteler des territoires. Il s’agit de penser mondial en s’émancipant des réalités nationales. Ce libre-échange entre régions de niveau inégal n’organise pas une vraie concurrence entre entreprises qui doit se jouer sur la meilleure efficience technique, mais entre des régions et des pays, c’est-à-dire entre des environnements sociaux, fiscaux ou environnementaux. On théorisa ainsi qu’une rationalité mondiale qui accompagnait le phénomène ne pouvait être que d’essence supérieure à toute logique nationale. L’autonomie accordée aux banques centrales permettra à celles-ci de ne se préoccuper que des signaux des marchés - de préférence internationaux - et de s’émanciper de toute réalité nationale.
Cette origine lointaine de la crise cristallise des désaccords car elle revient sur la lecture de 25 années de trajectoire et porte en elle une radicalité dans les mesures à mettre en oeuvre qui ne peut être partagée par tous. On comprend pourquoi le refrain que la droite n’hésite pas à entonner sur les excès du capitalisme de la finance, les mauvais entrepreneurs, les fraudeurs, et son appel à refonder un nouveau capitalisme, débarrassé de ces scories, et assis sur une nouvelle éthique sont autant de contre-feux lui évitant de soulever les questions bien plus fâcheuses de la déflation salariale et d’une libre concurrence sans aucun frein. C’est autour de ces questions nodales que se jouera le débat sur une véritable issue à la crise.
Publication originale : Recherches Internationales juillet-septembre 2008. Article communiqué par Michel Rogalski











