________________L empire du Milieu de rien_______________________

...............................Les aspirations des pauvres ne sont pas très éloignées des réalités des riches........................ (Pierre Desproges)

29 novembre 2009

Armée Française : méthodes ancestrales....

LE MONDE DIPLOMATIQUE :

 

Du djebel algérien aux montagnes afghanes

Nouvelle prospérité de la contre-insurrection à la française

Souvenirs, souvenirs. Les stratèges français, en ces temps de doute sur la conduite à tenir dans le conflit afghan, multiplient les coups d’œil dans le rétroviseur : nationalisme, islam, tribus, guérilla, conflit asymétrique, contre-insurrection, population, bataille des esprits et des cœurs, actions civilo-militaires, sur fond de cailloux et de montagnes… Mais c’est bien sûr le djebel algérien, la Kabylie, la pacification : une expérience certes cuisante, mais qui peut resservir !

 

LA SUITE : http://blog.mondediplo.net/2009-11-26-Nouvelle-prosperite-de-la-contre-insurrection-a

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CRITIQUE DU CAPITALISME

sur palim psao

Voir le Fichier : KURZLe_dernier_stade_du_capitalisme_d-Etat.pdf

 

Dans cet article publié le 28 septembre 2008, par le quotidien brésilien Folha de Sao Polo, Robert Kurz1, qui participe depuis bientôt trente ans au développement d’une Théorie de la Crise, nous propose une explication de celle que nous vivons aujourd'hui à partir de la « critique de la valeur » dont il est l'un des principaux auteurs en Allemagne. 

 

La crise, quelle crise ? Ainsi claironnaient il n’y a pas si longtemps encore les idéologues libéraux de droite comme de gauche, convaincus qu’ils étaient de l’immortalité du capitalisme. Autant les petites gens et les pauvres que les élites avaient progressivement occulté que non seulement ce type de société a une histoire, mais que cette société est elle-même le produit d’une dynamique aveugle. Ces deux dernières décennies notamment, tous ne voulaient percevoir que des «événements» ponctuels, au sein de formes sociales anhistoriques de l’ontologie capitaliste2. A l’instar de Dorian Gray dans le roman d’Oscar Wilde, ce n’était pas le capitalisme, mais seulement l’image du monde social dont il était la source, qui semblait vieillir et se vêtir des oripeaux de la misère, tandis que la logique de l’argent continuait à briller de la fraîcheur d’une fausse jeunesse. Le «lundi noir» du plus grand crash financier de tous les temps a dévoilé brutalement le vrai visage du Dorian Gray capitaliste. Mais nul ne veut percevoir ces caractéristiques dans cette nouvelle poussée de la crise. La confiance aveugle dans le capitalisme pousse uniquement vers la recherche de coupables. « Les pratiques douteuses » des spéculateurs et la « politique économique anglo-saxonne » sont montrées du doigt comme responsables du désastre. Cette explication simpliste et aux consonances antisémites 3 a déjà été mobilisée régulièrement par le passé. Depuis plus de vingt ans, des vagues de crises financières ont accompagné la mondialisation. Toutes les mesures, en apparence couronnées de succès, prises pour empêcher une «fonte du noyau» du système financier international n’ont fait que le restructurer, sans jamais affronter le véritable problème. L’évolution actuelle fait voler en éclats tous les anciens concepts; la crise ne touche pas seulement le secteur des crédits hypothécaires américains, elle a déclenché une réaction en chaîne qui est loin d’être arrivée à son terme. Les origines, on ne les trouvera pas dans les défauts personnels et les carences morales des acteurs, mais dans le noyau économique du système lui-même.


Le capitalisme n’est rien d’autre que la recherche de l’accumulation d’argent comme but en soi. Et la «substance» de cet argent est l’emploi continuellement croissant de la force de travail humaine. Simultanément, la concurrence entraîne une augmentation de la productivité qui rend cette force de travail de plus en plus superflue. En dépit de toutes les crises, cette contradiction interne semblait toujours avoir été dépassée grâce à l’absorption massive de force de travail par de nouvelles industries. Le «miracle économique» d’après 1945 a fait de cette capacité du capitalisme une profession de foi. Depuis les années 1980, la troisième révolution industrielle, celle de la microélectronique, a entraîné un nouveau niveau de rationalisation qui a lui-même entraîné une dévalorisation de la force de travail humaine, à une échelle encore jamais vue. La «substance» même de la valorisation du capital se dissout, sans que de nouveaux secteurs capables de générer une véritable croissance économique n’aient vu le jour. La phase néolibérale n’était rien d’autre que la tentative de gérer de façon répressive la crise sociale découlant de cet état de fait tout en impulsant une croissance «sans substance» du «capital fictif» par l’expansion effrénée du crédit, de l’endettement et des bulles financières sur les marchés financiers et immobiliers.


Mais c'est l’ouverture mondiale des vannes monétaires et plus particulièrement le fait que la banque centrale américaine ait inondé les marchés internationaux de dollars, qui a  précisément été le péché originel du monétarisme. En effet, cette doctrine postule la limitation de la masse monétaire comme fondement de la doctrine néolibérale. En réalité, le flot d’argent public dénué de substance subventionnait un accroissement de la valeur de patrimoines financiers, sans contreparties. Aujourd’hui, ce «socialisme paradoxal de l’argent sans substance» est battu à plate couture, comme avant lui le capitalisme d’Etat à l’Est et à l’Ouest, la version keynésienne de la croissance subventionnée par l’Etat. Aux Etats-Unis, la nationalisation de fait du système bancaire américain et le plan du ministre des Finances pour enrayer la crise avec environ mille milliards de dollars d’argent public ne sont rien d'autre que des actes désespérés. Du jour au lendemain, la soi-disant liberté des marchés a révélé son caractère intrinsèque de capitalisme d’Etat au point que certains ironisent déjà sur la «république populaire de Wallstreet». Mais rien n’est résolu. On assiste, en quelque sorte, au dernier stade du capitalisme d’Etat; celui-ci peut, dans le meilleur des cas, retarder l’effondrement des indices boursiers en actionnant une fois de plus la planche à billets. A la différence des époques précédentes, il n’existe plus aucune marge de manœuvre pour nourrir l'émergence de nouveaux secteurs économiques porteurs.


Ceci entraîne la fin des USA en tant que la puissance mondiale. Les guerres d’intervention ne peuvent plus être financées et le dollar perd son statut de référence monétaire mondiale. Mais aucun prétendant sérieux au poste n’est en vue. Le ressentiment contre la «domination anglo-saxonne» ne représente en rien une critique du capitalisme et il manque de sérieux. En effet, la conjoncture mondiale fondée sur les déficits s'appuyait sur les flux d’exportation vers les Etats-Unis. Les capacités industrielles en Asie, en Europe et ailleurs ne dépendaient pas de bénéfices et de salaires réels, mais directement ou indirectement de l’endettement extérieur des USA. L’économie néolibérale des bulles financières était une sorte de «keynésianisme mondial» qui aujourd’hui se désagrège comme avant lui le keynésianisme national. Les «puissances émergentes» n’ont pas la moindre autonomie économique et sont pieds et poings liés par l'enchaînement mondial des déficits. Leur dynamique tant admirée était un pur mirage dénué de tout fondement intérieur. Ainsi, il n’y aura pas, où que ce soit, de retour à un capitalisme «sérieux» avec des emplois «réels». Il faut plutôt s’attendre à un effet domino de la crise financière sur l’économie «réelle» à laquelle aucune région du monde ne peut échapper. Le capitalisme d’Etat et le capitalisme de «libre» concurrence se révèlent être les deux faces de la même médaille. Ce qui s’effondre, ce n’est pas un «modèle» qui pourrait être remplacé par un autre. C'est le mode dominant de production et de vie, la base commune du marché mondial.


Robert Kurz (texte traduit par Anik, décembre 2008)

 

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26 novembre 2009

OCTAVE MIRBEAU

LA GREVE DES ELECTEURS / Octave Mirbeau

en téléchargement pdf (éditions le boucher) : http://www.leboucher.com/pdf/mirbeau/b_mir_gep.pdf

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SARKOZY,LA CRISE,LA FRANCE,UN BILAN

PARU dans " Le Grand Soir "

La France sous le régime de Sarkozy

Mohamed BELAALI

« La France dont je rêve est une France qui ne laisse tomber personne, une France qui est comme une famille où le plus faible, le plus vulnérable, le plus fragile a droit à autant d’amour, autant de respect, autant d’attention que le plus fort » affirmait Sarkozy le 22 avril 2007. Cette belle déclaration contraste violemment avec la réalité de la France d’aujourd’hui :chômage de masse, paupérisme, suicides au travail et dans les prisons, destruction systématique du service public, répression des mouvements sociaux, contrôle et surveillance des citoyens, propagande nationaliste, grande souffrance infligée aux sans papiers, népotisme, médias aux ordres, etc. etc.

En deux ans et demi de pouvoir quasi absolu de Sarkozy, la situation économique, sociale et politique de la France s’est nettement dégradée et va continuer, hélas, à s’aggraver : « on s’attendait au pire, ce fût pire » disait un anonyme.

Mois après mois, année après année le chômage poursuit inlassablement son ascension. Le salarié, devenu chômeur, perd toute existence et toute reconnaissance sociale. Fragilisé et sans ressources matérielles suffisantes, il accepte toute offre d’emploi pour survivre. Cette insécurité sociale fait de lui un être totalement soumis aux exigences du capital. C’est là l’une des fonctions essentielles du chômage : créer des conditions objectives permettant la soumission du travail au capital.

La flexibilité, la précarité, le démantèlement du code du travail et la remise en cause du droit de grève n’ont d’autres objectifs que de soumettre totalement le salarié au patron. Poussé par la bourgeoisie qui l’a hissé à la tête de l’État, Sarkozy s’attaquera systématiquement à tout ce qui protège de près ou de loin le salarié, le livrant ainsi sans défense aucune au patronat.

A l’usine comme au bureau, le salarié doit donc subir le despotisme du profit : produire toujours plus dans un laps de temps de plus en plus réduit. Pour atteindre cet objectif, c’est-à-dire pour intensifier le travail humain, les propriétaires du capital vont pousser le salarié jusqu’aux limites extrêmes de ses facultés physiques et intellectuelles en s’appuyant sur une horde de directeurs, managers et autres collaborateurs armés de « new management ». Stress, dépressions et autres violences psychologiques vont se multiplier et s’accélérer. Le salarié ainsi pressuré, méprisé, humilié, atomisé et isolé va utiliser le suicide comme ultime moyen de protestation contre le capital. Les victimes des accidents du travail, elles, sont tout simplement considérées par Sarkozy comme des privilégiés. Il faut donc taxer leurs maigres indemnités. Cette mesure a été adoptée par l’Assemblée Nationale le 13 novembre 2009. Les économies ainsi réalisées sur le dos d’ hommes et de femmes que le travail a amputé d’une partie d’eux-mêmes, seront certainement prodiguées aux banquiers, aux industriels et autres bourgeois créateurs d’emplois, n’est-ce-pas ?

Le salarié est ainsi cerné de toute part. Occupant un emploi, il subit le diktat d’un patronat en position de force à cause du chômage de masse et protégé de surcroît par un État que Sarkozy a entièrement mis à sa disposition. Chômeur, il survit avec une indemnité de plus en plus faible ce qui accentue sa dépendance vis à vis du capital d’autant plus qu’il livre en même temps une concurrence acharnée à tous les autres chômeurs.

Mais notre salarié peut également devenir travailleur pauvre alternant activité et chômage avec des salaires et des indemnités de misère. Chômeur ou travailleur, il est de plus en plus pauvre. Face à lui se dresse une insolente et puissante richesse, celle d’une minorité de possesseurs du capital, qui le domine. Cette paupérisation du salariat est une caractéristique fondamentale du capitalisme.

Appauvri et menant une existence précaire, notre salarié tombe malade. Il hésite,comme des millions de ses concitoyens, à se faire soigner tellement les frais qui restent à sa charge sont lourds. Il sait par exemple qu’il doit payer sur chaque boîte de médicaments 0,50 euros, que la liste des médicaments qui étaient jusqu’alors remboursés à 100 % et qui ne le sont plus est de plus en plus longue et que les honoraires des médecins ne cessent d’augmenter. Il constate également que l’État abandonne progressivement l’hôpital public au profit des cliniques privées dont l’unique but est de faire du profit. Sarkozy est également déterminé à vouloir fermer les blocs opératoires réalisant moins de 1500 interventions chirurgicales par an et les maternités qui pratiquent moins de 100 actes chirurgicaux. La chirurgie est un acte médical coûteux que les plus démunis ne peuvent s’offrir dans les cliniques privées. Seul l’hôpital public leur reste accessible. En fermant une partie des blocs opératoires du public, Sarkozy force les patients à se diriger vers le privé. Or plus de 80 % des chirurgiens des cliniques commerciales sont en secteur 2 c’est-à-dire en dépassement d’honoraires souvent très importants. Sarkozy compte aussi, à partir de 2010, augmenter le forfait hospitalier qui passera de 16 à 18 euros par jour somme qui, ajoutée aux autres frais restant à la charge des patients, exclut la partie de la population qui a le plus besoin de soins, comme notre salarié, car plus vulnérable que les autres catégories sociales.

De tout cela, notre salarié ressent une profonde injustice et un vague sentiment de révolte le traverse. Craintif, il ne veut pas perdre son emploi en affrontant par exemple la direction. Il reste néanmoins admiratif de ses camarades qui, pour crier leur colère contre cette injustice et pour améliorer leur triste sort, sacrifient régulièrement une partie de leur salaire déjà faible en se mettant des journées entières en grève. Il sait aussi que Sarkozy, pour défendre les intérêts de la classe qu’il représente, utilise systématiquement la force brutale pour étouffer la moindre manifestation et la moindre contestation. Même lorsqu’il se déplace, il exige des préfets et des responsables de la police, sous peine de sanctions, d’éloigner le plus possible les citoyens mécontents de sa politique et de leur confisquer tracts, pancartes et autres banderoles. En vrai autocrate, il ne supporte aucune contestation populaire. Si la plupart des présidents de la République aimaient et cherchaient même le contact avec la population, ne serait-ce que pour soigner leur image dans l’opinion publique, Sarkozy, lui, a peur des citoyens. Contre eux, il mobilise tout l’appareil répressif de l’État.

Combien de manifestants ont été brutalisés, humiliés et traduits devant les tribunaux pour avoir crié leur indignation et leur colère contre les dérives d’un homme qui concentre tous les pouvoirs entre ses mains ? On se souviendra longtemps de ce professeur de philosophie arrêté et trainé devant le tribunal de police pour avoir simplement crié...« Sarkozy, je te vois » ! Combien de syndicalistes, de militants associatifs, de défenseurs de sans papiers ou de simples citoyens qui refusent de courber l’échine n’ont pas été confrontés à la violence policière depuis que Sarkozy est au pouvoir ?

Sarkozy utilise également la technologie la plus moderne pour contrôler et surveiller les citoyens. La vidéosurveillance par exemple est devenue l’obsession et « la priorité absolue » de son gouvernement (1). « La priorité absolue » n’est donc pas de lutter contre le chômage ou contre la misère qui ronge une frange de plus en plus grande de la population, mais de surveiller les citoyens ! Ainsi 20 000 caméras sont déjà installées dans les rues de France et Sarkozy espère atteindre les 60 000 en 2011. La surveillance et le contrôle des mouvements des citoyens s’étendront même « aux parties communes des habitations, transport, commerce » etc. (1). D’autres pratiques se généralisent et se banalisent comme les prélèvements d’ADN, la surveillance du Net ou encore le fichage de la population. Car le contrôle doit être total !

Mais cette véritable guerre que la bourgeoisie mène sans répit contre le reste de la population n’est que le reflet de cette lutte de classes qu’elle nie obstinément tout en l’exerçant au quotidien.

Pour se consoler, notre salarié sait qu’il y a des situations pires encore que la sienne. Il pense plus particulièrement aux travailleurs sans-papiers, même s’il avoue qu’il lui arrive de les considérer comme des concurrents. Parfois il sent même qu’il est attiré par les idées de ses ennemis de classe (xénophobie, racisme etc.), mais il sait au fond de lui même qu’un travailleur même sans- papiers reste un travailleur. Et c’est en côtoyant Moussa, Nadia et Mamadou, travailleurs sans-papiers, qu’il est devenu sensible à leur drame. C’est alors qu’il a appris que les Sarkozy, Hortefeu, et autres Besson reconduisaient manu militari les sans-papiers afghans dans leurs pays en guerre, arrachaient « les enfants, qui hurlaient de terreur (...) à leurs parents pour obliger ces derniers, qui s’y refusaient, à sortir des locaux d’hébergement du centre de rétention » (2), traquaient les enfants de sans-papiers à l’intérieur comme à l’extérieur des écoles maternelles etc. etc. Combien de vies humaines Sarkozy et son clan ont-ils brisées ? Sarkozy, Hortefeu et Besson auront-ils un jour le courage de publier ces statistiques comme ils publient régulièrement et fièrement celles des expulsions ?

En écrivant ces lignes, on apprend qu’un travailleur sans-papiers Mohamed Ida, s’est suicidé mardi 17 novembre 2009 dans sa cellule de la maison d’arrêt de Borgo en Corse (3).

Mais Sarkozy doit éprouver un singulier plaisir à caresser les idées d’une frange de la population xénophobe et raciste en infligeant cette grande souffrance à des hommes et des femmes sans défense. Cette lâcheté n’a d’égal que les voix de celles et de ceux dont l’acte politique se réduit à la haine de l’autre. Et pour entretenir cette partie de la population, qui ne bénéficie d’ailleurs aucunement de la politique de Sarkozy mais utile au moment du vote, la bourgeoisie utilise en ce moment toute la puissance de l’État pour mener une véritable propagande nationaliste, baptisée « Grand débat sur l’identité nationale » qui rappelle les moments les plus sombres de l’histoire de France.

Épuisé après une journée de travail bien chargée, notre salarié s’assoit devant le petit écran pour se détendre. Il voit défiler devant lui une avalanche d’images et de commentaires sur le mur de Berlin diffusées depuis plus d’une semaine. Il commence alors à douter de la sincérité de cette forme particulière d ’information. En la répétant inlassablement, celle-ci devient une plate tautologie et se transforme par la suite en une vulgaire et grossière propagande à la gloire de l’ordre établi. La classe dominante cherche par le biais des grands médias à dresser de véritables murs dans le cerveau des gens les empêchant ainsi de voir et de réagir au-delà des limites de la propagande. Ces images à répétition lui rappellent celles de l’affaire Clearstream, de Grégory, du colon de Johnny, du décès de Michael Jackson, de la grippe A, des matchs de foot et leurs résultats, de la météo, d’une liste interminable de faits divers et bien sûr de la figure omniprésente de Sarkozy. Il constate également une quasi-absence d’images et de commentaires sur les murs que la bourgeoisie construit un peu partout dans le monde, comme celui de Ceuta, celui installé par les États-Unis à la frontière avec la Mexique, celui qui sépare les chiites des sunnites en Irak ou encore celui qui encercle la population palestinienne et enferme, paradoxalement, la société israélienne. Le même silence s’abat sur les luttes sociales, sur la souffrance des chômeurs, les suicides dans les prisons, la brutalité légale et illégale pendant les gardes à vue dans les commissariats, le drame des sans-papiers etc.

Le zèle que les journalistes des grands médias déploient pour propager les idées de la classe dominante qui les emploie contraste tristement avec le mutisme qu’ils opposent à toute résistance et toute contestation de l’ordre établi. Leur soumission au pouvoir économique et politique incarné à la tête de l’État par Sarkozy n’a jamais été aussi totale.

Sous le régime de Sarkozy, produit de la lutte des classes aujourd’hui en France, la domination et la répression sont plus directes et plus brutales. Le seul mérite de Sarkozy , si l’on peut dire, c’est d’avoir démystifié l’État républicain, la démocratie, la liberté de la presse, la séparation des pouvoirs, les droits de l’homme et bien d’autres concepts de l’idéologie bourgeoise dont la fonction principale est de masquer la violence des rapports d’exploitation capitaliste.

Mohamed Belaali

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edito Monde Libertaire

Editorial du Monde Libertaire # 1574 du 26 Novembre au 2 Décembre 2009



2009 aura été l’année de tous les sales records : Vaccination grippe mexicaine, ça pédale. Malgré l’hyper-campagne-catastrophe, le bon peuple hésite, se tâte, rechigne, se gratte la tête : j’y va-ty, j’y va-t-y-pas. On est tellement habitué à se faire avoir, comme pour le référendum de 2005 sur le traité européen, qu’on cherche à trouver un piège à la proposition, un peu chère certes, mais au fond pleine de bon sens. Plus dur, le surendettement des ménages de l’Hexagone aurait augmenté de 20 % cette année ; même Radio-Paris, pardon, France-inter, en convient –très tôt le matin, il est vrai…


Pire encore, plus d’un milliard d’êtres humains souffriraient de famine et deux autres milliards barbotteraient dans la malbouffe, dixit la FAO. La faute à la crise économique, on nous dit, mais la crise a bon dos : si l’on en croit notre excellent confrère versé en mondiale diplomatie, le FMI, en plus d’exiger les remboursements de leur dette aux pays en voie de développement, leur inflige un accord félon au doux nom aseptique d’AsA. Ça permet aux pays riches de taxer dix fois plus les importations de denrées de base, tout en tolérant les aides détournées à leurs propres agriculteurs. Ils maintiennent ainsi artificiellement des cours très bas. Impassibles comme des quakers, ces bons apôtres organisent le dumping qui sert les riches, tout en prônant la sacro-sainte liberté des marchés pour les pauvres.


Devant tant de turpitude et d’iniquité, qu’est-ce qui soucie nos medias ? La main invisble du marché? – Non, la main trop visible d’un fouteux! Ben, c’est qu’il faut vendre de la bière, comme disent les cafetiers, et du papier journal, comme dit l’Équipe. Pour ça un bon vieux titata : France/Irlande ou Égypte/Algérie, le top du top du suspens. Ce qui fait vendre est bon pour la croâssance et ce qui est bon pour la croâssance est incontournable –pour pas dire obligatoire. Donc en avant le sport professionnel, ses relents de nationalisme rance, ses querelles de fouassiers, ses compètes à mort, son individualisme puant, ses machismes de l’âge des casernes, ses mufleries éructantes, ses répugnants soudards.


On en a eu les retombées nocturnes mercredi dernier ; bonjour les identités nationales. Enfin, ce qui nous rassurait c’était que la Justice, aveugle et incorruptible, dignement drapée de pourpre, allait enfin passer sur Toulouse, huit ans (et oui) après l’explosion. Tout venait enfin à point pour ceux qui avaient su attendre… On gageait qu’elle allait être sans pitié pour les très distingués assassins d’AZF. Déçus, déçus, déçus – comme d’hab – qu’on a été.


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23 novembre 2009

PLANISME : politique de collaboration.

 

sur voltairenet

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« Faiblesse des démocraties »
Le planisme, une idéologie fasciste française 
par Denis Boneau* 

Le « planisme », une doctrine issue du socialisme révisionniste allemand, a constitué en France, durant les années 30, le discours de prédilection des « non-conformistes », notamment des néo-socialistes conduits par Marcel Déat et des polytechniciens du groupe X-Crise. Sous Vichy, les « planistes » s’engageront massivement dans la collaboration.

LA SUITE en pdf   : PLANISME à télécharger.

P.S : comment ne pas rapprocher la démarche des non-conformistes des années 30 et l'attitude de certains ministres.A plus ou moins grande échelle,toutes proportions et vérités historiques gardées,on retrouve sous diverses formes l'élan qu'un Besson voudrait nous faire partager pour cette nouvelle voie Sarkozienne pour la France./

 

Z€LaSt

 

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22 novembre 2009

HISTOIRE D'ANARS : KROPOTKINE

jumbotron

 

Aristocrate russe, le prince Pierre Kropotkine (1842-1921) est né à Moscou dans la vaste demeure familiale. Pendant les mois d'été, toute la maisonnée séjournait dans son domaine, immense propriété, entretenu et mis en valeur par une myriade de serfs.

Pierre est éduqué dans un premier temps par plusieurs précepteurs avant d'être envoyé à l'école des Pages de Saint-Pétersbourg où il poursuit son instruction. Dès ce moment, l'adolescent s'intéresse à la population de l'immense cité et en particulier au sort des pauvres et des réprouvés qui l'étonnent par leur sagesse et leur bon sens. Il souligne dans ses cahiers d'étudiant combien les épreuves renforcent la solidarité et l'entraide.

Mais les études accaparent le jeune homme. Il se distingue en particulier dans les sciences physiques et mathématiques avec une prédilection pour la géographie. C'est pourquoi, ses études terminées et devenu officier, Pierre Kropotkine choisit de servir en Sibérie dans un régiment de Cosaques. Pendant cinq années, il va parcourir d'immenses territoires, réalisant de nombreux relevés topographiques et accumulant des notes sur les caractéristiques géologiques et physiques de la steppe sibérienne. Pendant ces années passées à la dure, en chevauchées harassantes mais vivifiantes dans la compagnie constante des rudes cavaliers cosaques, il est conquis par leur mentalité simple mais pleine de sens pratique. Déjà, il voit dans la multitude du peuple russe, dans sa diversité, dans son labeur, la grande vague qui, dans un immense mouvement lent mais obstiné, vient battre le pied de la forteresse féodale.


IL  Y  ENTRE  EN  CURIEUX, 
IL  EN  RESSORT  ANARCHISTE
A vingt-deux ans, Kropotkine éprouve le besoin de compléter ses études. Il démissionne de l'armée pour s'inscrire à l'université de Saint-Petersbourg. Il y brille en mathématiques et se spécialise en géographie. Des distinctions lui sont octroyées et il occupe des postes importants à la Société géographique de Russie. A diverses reprises, il représente son pays lors de réunions et de congrès internationaux. C'est ainsi qu'au cours d'un voyage d'études en Suisse, en 1872, il s'intéresse à l'A.I.T. et est invité par les fameux horlogers de la Fédération jurassienne, organisme anarchiste dissident. Kropotkine s'enthousiasme pour leur cause et il assiste au Congrès international anarchiste de Saint-Imier organisé par Bakounine et les horlogers à la suite de leur exclusion de l'A.I.T. Il y entre en curieux, il en sort anarchiste.

De retour à Saint-Petersbourg, il se mêle au peuple et entreprend une intense propagande, secourant les pauvres et les réprouvés, instruisant les travailleurs, distribuant livres et brochures, se multipliant pour propager la doctrine anarchiste et préparer la révolution. Repéré et recherché par la police comme agitateur et terroriste, il réussit à échapper à tous les traquenards, ne logeant jamais deux nuits consécutives sous le même toit et effaçant toutes traces de son passage. Après deux ans de cette existence clandestine faite de dévouement et d'intense propagande, il est finalement arrêté et incarcéré dans les cachots de la sinistre forteresse Pierre et Paul. Soumis à un régime de plus en plus pénible, subissant des traitements dégradants et des privations destinées à le briser, sa santé s'altère mais il résiste et finalement, avec la complicité d'amis dévoués, il réussit à tromper la vigilance de ses gardiens et à franchir les murs de sa prison. Muni de faux papiers, il s'embarque pour l'Angleterre, échappant ainsi au destin réservé à ceux qui s'élèvent contre l'absolutisme du pouvoir tsariste.

De Grande-Bretagne, il gagne la Suisse qu'il connaît bien. Avec James Guillaume, l'un des piliers de la Fédération jurassienne, et en compagnie des militants horlogers, il reprend une activité de propagande, écrivant des articles dans des journaux, distribuant des tracs dans les rues, tenant des réunions dans des bistrots, soutenant et visitant les sections et les cercles anarchistes.

Représentant la Fédération jurassienne, Kropotkine participe à des congrès socialistes et voyage de Bruxelles à Londres puis Paris où sa réputation l'a précédé et où il rencontre et s'entretient avec les personnalités en vue de l'époque. Il est écouté, reconnu comme théoricien de l'anarchie et devient un porte-parole informel du mouvement. Mais la Fédération suisse est accusée d'être le repaire des révolutionnaires qui organisent et exécutent des attentats partout en Europe. Comme ailleurs, les anarchistes suisses sont arrêtés et persécutés. Pour les défendre, Kropotkine se multiplie et fonde des journaux dont "Temps nouveaux". Le succès de cette presse témoigne de la place occupée par les anarchistes dans la Société de cette fin du XIXe siècle.

Peu après, il est expulsé de Suisse et déclaré indésirable en Angleterre. Partout, les portes se ferment devant les anarchistes. Kropotkine se fixe alors en France où il doit s'entourer de précautions pour faire échec à la police politique russe qui, à la suite de l'assassinat du tsar Alexandre II, avait entrepris l'élimination des opposants à l'étranger après avoir réussi à démanteler la plupart des réseaux anarchistes en Russie.


PARTOUT,  LES  PORTES  SE  FERMENT 
DEVANT  LES  ANARCHISTES.
En 1882, Kropotkine participe à la grève insurrectionnelle de Lyon où l'industrie de la soie en déclin licencie massivement. Les travailleurs dans la misère s'étaient révoltés et le mouvement dégénérait en affrontements sanglants. Kropotkine, accusé d'être le chef des poseurs de bombes, est arrêté, jugé promptement, condamné lourdement et enfermé dans la prison de Clervaux. Le monde scientifique s'émeut et de nombreuses personnalités, parmi lesquelles Victor Hugo, interviennent en sa faveur. Sa détention s'en trouve allégée et, après quatre années d'incarcération, il est amnistié et expulsé vers l'Angleterre qui a accepté de l'accueillir.

La presse britannique sollicite sa collaboration et il écrit de nombreux articles pour le "Times" et d'autres journaux. Il entreprend des tournées de conférences en Angleterre et aux Etats-Unis. Il publie des souvenirs et rédige des ouvrages de doctrine. Lors de la guerre 1914-1918, au contraire de nombreux anarchistes qui le lui reprocheront, il signe le "Manifeste des seize" où il prend position contre l'Allemagne féodale et pour la France, patrie de la Révolution et de la liberté.

Rentré en Russie après Octobre et la prise de pouvoir des bolcheviques, il refuse de se rallier au régime et meurt à Moscou en 1921.



Les conceptions anarchistes de Kropotkine sont celles d'un communiste, mais d'un communiste libertaire d'avant la dérive marxiste, qui voit l'Histoire avancer et transformer la Société en l'humanisant par la solidarité et la liberté.

Pour la plupart des économistes, le travail est la seule valeur. Le travail confère à un bien ou à un service une qualité : il le rend propre à satisfaire un besoin. Un besoin est sans valeur lorsqu'il peut être satisfait sans travail. Une mûre cueillie par un promeneur sur le bord d'un chemin de campagne et consommée sur place en est un exemple. La plupart des besoins ne peuvent cependant être satisfaits sans travail et c'est ce travail, et non pas le bien lui-même, qui a une valeur. Le bien ne devient propre à satisfaire un besoin et n'acquière une valeur que par la quantité et la qualité du travail qui a permis de le fabriquer, qui s'y trouve intégré et qui lui donne son utilité.


IL  VEUT  SUPPRIMER  LE  PROFIT
POUR  LE  REMPLACER  PAR  LA  SOCIETE  DE  CONSOMMATION.
Kropotkine raisonne autrement. Il veut supprimer la Société de profit pour la remplacer par une Société de consommation. Il considère qu'un bien ou un service n'a de valeur que s'il est consommé, que s'il trouve preneur, que dans la mesure où il satisfait effectivement un besoin. En effet, si un bien contient beaucoup de travail, il a ou devrait avoir une grande valeur. Mais si ce bien ne trouve pas preneur, si personne ne lui découvre une utilité, alors il est sans aucune valeur. C'est donc la consommation qui confère sa valeur à un bien. Et Kropotkine propose de placer la consommation en tête de l'organisation de la Société et de reléguer la production à sa vraie place, importante mais non primordiale, de la subordonner à la consommation. Les biens seraient fabriqués et les consommateurs se serviraient sur le tas pour satisfaire leurs besoins. La production s'adapterait d'elle-même à la consommation. La demande d'un bien provoquerait sa fabrication et la disparition de la demande arrêterait sa production. Ce système implique l'abolition du salariat et de la rémunération car on aperçoit immédiatement la difficulté qui résulterait de la fabrication de biens dont la demande existerait mais que le consommateur ne pourrait acquérir par manque de moyens financiers. Le bonheur ne réside pas seulement dans le désir, il s'accomplit surtout dans son assouvissement. Proposer des biens au peuple sans qu'il puisse les posséder n'est pas offrir une rose mais seulement ses épines. La suppression de l'argent résoudrait le problème, mais le monde sans argent n'est qu'un fantôme hantant les livres des collectivistes auquel Kropotkine apporte sa contribution. L'idéal communiste anarchiste est supposé changer la donne. En émancipant le consommateur de la tutelle autoritaire de l'Etat, il lui rendrait la raison et le pousserait naturellement à n'acquérir que les biens dont il a besoin. Si Kropotkine cultive un parfait mépris pour les vices des institutions, il croit profondément en l'homme. La consommation deviendrait alors le seul critère. Ainsi, tous les besoins seraient satisfaits et la misère disparaîtrait. L'adaptation de la production à la consommation s'accomplirait par un processus simple et automatique. Ce système constitue le communisme de Kropotkine. Il a été presque unanimement considéré comme utopique, même par les anarchistes les plus éminents, mais il convient néanmoins de considérer que Kropotkine, esprit scientifique et conséquent, aura au moins eu le mérite de mettre un bémol à l'hymne au travail pour en réduire l'importance et poser la question de son utilité. Un travail n'a pas de valeur en soi. Il n'a de valeur que s'il est utile à quelqu'un. Un travail inutile est un gaspillage, une non-valeur.


CE  SYSTEME  CONSTITUE  LE  COMMUNISME  DE  KROPOTKINE.
Pour atteindre le but magnifique du communisme anarchiste, pour marcher avec l'Histoire vers plus de liberté, il faut propager son idéal, recruter, semer dans les consciences. Le progrès n'est pas de maintenir un consensus trompeur, un compromis boiteux, ce n'est pas se raidir dans la peur du lendemain, c'est avancer hardiment vers la liberté, aspiration des peuples, promesse de la Révolution. Le communisme anarchiste est inscrit dans le siècle. La préparation de la révolution n'est pas égale parmi les nations. Certaines, de tradition féodale, auront plus de difficultés pour secouer leurs chaînes. D'autres, mieux préparées, seront les avant-gardes et partiront les premières à l'assaut de l'oppression. De proche en proche, le moment venu, les révolutions allumeront leurs incendies de nations en nations. Quelques-uns seront étouffés, écrasés et noyés dans le sang. D'autres vacilleront, irrésolus, inconstants, ils résisteront ou seront prêts de succomber sous les bottes. Enfin, les plus forts, les plus nombreux renverseront toutes les défenses et triompheront de toutes les résistances. Ceux-là illumineront les obscurantismes alentours, apportant leurs braises aux feux éteints, ranimant les flammes et les cœurs hésitants. Parce que le peuple le veut, parce que l'Histoire l'a écrit sur le front des nations, l'anarchie embrasera le monde tout entier.

Kropotkine a la foi du charbonnier. Depuis que, comme Saül sur le chemin de Damas, il a reçu la révélation anarchiste à Saint-Imier, lors du Congrès de la Fédération jurassique, il ne cesse de proclamer la bonne parole : le peuple détruira l'Etat et bâtira la Société anarchiste dans la liberté, l'égalité et la justice.


LE  PEUPLE  DETRUIRA  L'ETAT 
ET  BATIRA  LA  SOCIETE  ANARCHISTE 
DANS  LA  LIBERTE,  L'EGALITE  ET  LA  JUSTICE.
L'unité fédérative anarchiste devrait être calquée sur la commune, non pas sur la commune contemporaine issue d'un processus électif manipulé et trompeur, mais sur les communes du moyen-âge qui s'étaient organisées spontanément, avaient contesté le pouvoir, lutté pour leurs droits et obtenu des concessions significatives. Lors de la Révolution aussi, la première Commune de Paris, surgie du peuple, avait joué un rôle de premier plan dans l'orientation progressiste de la Convention. La commune, le village, le quartier, sont des unités à taille humaine, où beaucoup de personnes se connaissent, se parlent et échangent leurs avis, où les préoccupations sont semblables. La cellule fédérative ne doit pas être trop petite pour éviter la dispersion et assurer un contact suffisant, ni trop grande pour permettre un débat où chacun peut intervenir et éviter les phénomènes de groupes. Dans cet environnement, le peuple peut se faire entendre comme il l'avait fait dans le passé, lorsque sa clameur était assez forte pour inspirer la crainte.

En partant de la commune, l'organisation de la Société par la méthode fédérative qui collationne échelon par échelon les décisions des assemblées, s'oppose résolument aussi bien aux conceptions marxistes que libérales. Ces derniers grands courants sociologiques semblent antinomiques mais, en réalité, ils concourent au même but : le renforcement perpétuel des pouvoirs de l'Etat, le premier au nom de l'appropriation collective, le second pour accroître son autorité car l'Etat a toujours été le meilleur auxiliaire des possédants. Confronté à cette dualité, Kropotkine y voit clairement une condamnation du marxisme. Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Si un socialiste utilise les mêmes procédés que les exploiteurs bourgeois, il ne pourra être qu'un oppresseur lui-même. Ce nouveau despotisme n'est pas un progrès mais une corruption nouvelle ajoutée au despotisme ancien.

L'incrustation des socialistes dans les gouvernements ne changera pas la nature du pouvoir mais contribuera à créer de nouveaux monopoles, sources d'abus et d'excès. L'Etat s'en trouvera affermi et le résultat final sera opposé au but proclamé. Lorsque les socialistes demandent de plus en plus de nationalisations, ils collaborent dans les faits au renforcement de l'Etat et ils rendent plus difficile et plus aléatoire la victoire de la révolution. Ils en reculent certainement le déclenchement. Plus les outils économiques sont contrôlés par l'Etat, plus ils deviennent des armes contre les travailleurs et le peuple.

Les anarchistes doivent combattre ces procédés contre-révolutionnaires et s'attacher à donner au peuple le contrôle des moyens de production. L'alternative est claire, ou bien l'ennemi de classe, l'Etat, s'empare de la richesse économique, accroît sa puissance et sa capacité de répression, ou bien les travailleurs prennent eux-mêmes possession des entreprises qui sont leurs outils de travail et ils deviennent des acteurs sociaux avec lesquels il faut compter.

Le problème des paysans se pose en termes différents. Les contraintes et le mode de vie à la campagne sont particuliers et les réticences du monde paysan à l'égard du changement sont bien connues. Mais Kropotkine regarde vers l'avenir. Il envisage la mécanisation prochaine et nécessaire de l'agriculture pour satisfaire aux besoins alimentaires des villes. Les usines fabriqueront les ustensiles et les machines agricoles. Petit à petit, les paysans abandonneront leur méfiance et, entraînés dans la solidarité par l'interdépendance de leurs propres intérêts avec ceux des travailleurs des villes, ils se joindront spontanément à la révolution.


KROPOTKINE  S'INDIGNE  DE  L'OBSCURITE
OU  L'HISTOIRE  A  MAINTENU  LE  PETIT  PEUPLE.
Les historiens se sont souvent attachés à relater les grands événements qui ont jalonné l'errance des hommes pendant des millénaires. Les luttes des puissants, le choc des ambitions, les ruses des religions pour la direction des esprits remplissent les pages de livres innombrables. Les cliquetis des armes des forts le disputent à l'intransigeance des philosophes. Et tout à côté, oublié, le peuple subit et souffre. Les chroniqueurs ne s'abaissent pas à relater l'épopée de la solidarité et de l'entraide. Cet héroïsme-là n'est pas assez chatoyant, pas assez spectaculaire pour charmer les imaginations, pour intéresser un public avide de hauts faits. Kropotkine s'indigne de l'obscurité où l'Histoire a maintenu le petit peuple, alors qu'au cours des siècles, il était présent pour soutenir les faibles, secourir les blessés, nourrir les affamés. Les hommes partagent avec les animaux l'aptitude remarquable de l'entraide. Ils se sont toujours naturellement portés au secours de leur semblable en danger pour le protéger, l'assister, l'aider à réparer ses forces et à repartir de l'avant. C'est précisément sur cette constante, sur cette solidarité jamais démentie que l'anarchie se base pour formuler ses propositions sociologiques. Aux relations antagonistes de dominants à dominés, l'anarchie répond par l'égalité des droits, par l'abolition des hiérarchies dont le symbole demeure l'Etat autoritaire. Il n'est pas de grand capitaine, pas de figure marquante, pas d'esprit profond qui n'ait en filigrane de ses exploits une multitude de petites gens obscurs, industrieux, courageux, travailleurs sans lesquels aucun d'eux n'aurait atteint la notoriété. Les livres retiennent l'écume du drame humain, alors que l'Histoire est poussée par la vague du peuple.
merci a dissidence.be

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18 novembre 2009

edito Monde Libertaire

Editorial du Monde Libertaire # 1573 du 19 au 25 Novembre 2009



Le gouvernement a les grelots. Paraît même qu’il est à deux doigts de faire dans sa culotte. Ben oui ! Cinq syndicats de La Poste (CGT, CFDT, FO, Sud et CFTC) appellent à la grève le mardi 24 novembre contre le projet de loi visant à transformer le statut de cet établissement public national en société anonyme. Maniant avec superbe l’arme atomique… des menaces verbales, ces fiers à bras (cassés) font observer que « si le gouvernement persistait dans son objectif de faire voter cette loi, les OS ont prévu de créer les conditions d’une manifestation nationale dans la semaine du 13 décembre. » Morale de l’histoire ? Quand les travailleurs s’en remettent aux jaunes pour défendre leurs intérêts, des millions de citoyens dindons se retrouvent marrons, à moins qu’ils ne se prennent une châtaigne en pleine face, comme les accidentés du travail.


Michel Audiard disait : « les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît. » Remplaçons cons par salopards et la formule s’applique parfaitement aux 57 députés qui ont voté pour la fiscalisation des indemnités journalières versées par la Sécurité sociale pour les accidents du travail. Vingt cinq zébus du peuple ont voté contre. Quant au plus gros du troupeau, sans doute était-il scotché à la mangeoire, surmontant bravement les risques d’accidents provoqués par des panses trop pleines.


Élargissons le champ de la diététique au président de PSA, Philippe Varin. Son théorème est simple. Pour engraisser les actionnaires, rien de tel que la répétition de cures minceur dans les effectifs. Ce bon docteur propose de passer à la presse 10 % des salariés du groupe (c'est-à-dire six mille emplois) d’ici à 2012. Au printemps, PSA et Renault ont obtenu de l’État 6,5 milliards d’euros d’aide pour financer les innovations. Varin respecte ses promesses. Eh oui, vu qu’il ne peut supprimer les emplois déjà détruits par le passé, décider d’en programmer des nouveaux est bien de l’innovation ! L’emploi recule en France ? Allez, ça s’arrangera bientôt.


Le parc actuel des caméras de vidéosurveillance est de 20 000 unités. Fillon prévoit de le faire passer à 60 000 en 2011, vu que le 15 septembre, N. S. a déclaré que le Gouvernement trouverait les moyens de développer la vidéosurveillance « par-dessus la tête des maires réticents si nécessaire ». Conséquence de quoi, les effectifs des flics, matons et vigiles chargés de reluquer tous nos faits et gestes croîtront à proportion. Au fur et à mesure de son glissement vers l’autoritarisme, le Gouvernement augmente les rangs de ses gardes-chiourme, telle est sa manière préférée de lutter contre le chômage.


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LES TEMPS CHANGENT...PAS

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12 novembre 2009

edito Monde Libertaire

 

Editorial du Monde Libertaire # 1572 du 12 au 18 Novembre 2009



L’opinion – bonne fille – s’interroge. Vingt-quatre sénateurs menacés de perdre leurs électeurs de province et menés par un dangereux nihiliste du nom de Raffarin s’opposent à la suppression de la taxe professionnelle. Pas grave, coassent les courtisans, on aura leur peau en refaisant voter le Parlement croupion. L’opinion – intriguée – se passionne. Pasqua, Villepin et maintenant Chirac menacés d’emprisonnement. Retour d’honnêteté de la justice franchouillaude ? Vengeance froide du conduraptor ? Ou double pirouette, alliant plaisir de la vendetta et volonté de faire oublier la suppression prochaine des juges d’instruction ? Disparition qui justement sonnerait l’heure de la fin des procès aux riches et aux puissants définitivement au-dessus des lois applicables au populo.


L’opinion – écolo – s’inquiète. Si la sécurité est au bout du flash-ball contre les pauvres et du radar à lunettes sur les routes, il n’en est pas de même en matière d’électricité nucléaire. Areva, la main dans le pot de confiture, reconnaît avoir voulu vendre des réacteurs dont la sécurité d’emploi laisse à désirer d’après les autorités de sûreté franco-anglo-finlandaises. Y aurait-il deux sécurités, une pour le pouvoir, une autre pour les gueux ?


L’opinion – éclairée – est en liesse. On la gave avec l’anniversaire de la chute du Mur de Berlin où les stals prosoviétiques se sont mangé un bon camouflet. Les beaux démocrates, dans l’poste, applaudissent bien fort la victoire de la Liberté sur le Koumounisme et ses grosses athlètes qui prenaient rien que des drogues pour voler des médailles (comme chacun sait, à l’Ouest, on ignore tout de la nandrolone, de l’EPO, des testostérones et autres bêta-bloquants). En fait, bien des Allemands de l’ex-RDA ont cru pouvoir bénéficier de la relative tranquillité d’emploi et des services publics de l’Est et en plus du clinquant bling bling de l’Ouest. La néo-thatchérienne Angela Merkel se charge de les détromper.


Les anarchistes, quant à eux, sont tristes. Ils saluent Claude Lévi-Strauss, l’ethnologue centenaire, élégant de plume et humble de pensée, qui préférait le mode de vie frugal et libre des Indiens amazoniens à l’indécente pyramide de fric et de dominations des sociétés prétendument civilisées. Ils se marrent aussi les anars : il y a des psychiatres honnêtes qui dézinguent des militaires ; des chauffeurs de fourgon blindé qui pratiquent la récupération individuelle ; une cabale politico-policière, contre Julien Coupat, qui sombre dans le ridicule ; il y a des juges intègres dans le Finistère qui balayent de leurs arrêtés la réglementation félonne n’autorisant les délégués syndicaux qu’aux centrales ayant obtenu au moins 10 % aux élections professionnelles. Autant de bonnes petites claques contre les grosses puanteurs des latrines néolibérales. Titata !

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